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Pour les mélomanes

Un peu de musique hors du Temps
la route...

samedi 26 décembre 2015

Du Désir à la Joie : 10 : Le Lâcher-Prise


Chapitre 10 : Le Lâcher-Prise


Le Non Désir nous conduit à prendre la vie comme elle vient sans aucune attente, et sans jamais regretter qu'elle ne soit autre. Nous acceptons la vie telle qu'elle se présente, et ce, même si elle va à l'encontre non pas de nos projets - nous n'en avons plus - , mais tout simplement de ce que nous sommes en train de faire. La meilleure attitude consiste à lâcher prise, à cesser de se battre pour nos projets ou notre action. Le lâcher-prise permet d'être pleinement conscient de ce qui se passe dans l'instant où nous agissons. Si nous essuyons une contrariété, celle-ci ne dure qu'une seconde, le temps pour nous d'accepter la situation nouvelle, et de l'accueillir dans un lâcher-prise bienveillant.

Nous sommes bienveillants à l'égard de l'instant présent, car nous savons que le cosmos - du microcosme au macrocosme - qui nous environne ne peut être que dans un état et un seul. Le lâcher-prise nous permet de vivre pleinement l'ici et maintenant et ainsi de capitaliser chaque instant de notre vie. Par exemple, lorsque Chouang Tseu se trouve endeuillé par la mort de sa femme, il observe un instant de recueillement, puis très vite se remet à ses occupations, jouant joyeusement avec ses écuelles. Interrogé par ses disciples, il explique qu'avant la naissance, son épouse n'existait pas et qu'il ne pouvait y avoir du ressentiment pour elle, et qu'il en était sans doute de même maintenant qu'elle était morte. Tchouang Tseu accepte aussitôt la situation qu'est la mort de sa femme, lâche-prise et vaque aussitôt à ses occupations. Celles-ci sont joyeuses car vécues en osmose avec l'instant présent.


Ainsi, le lâcher-prise est un très bon remède contre la morosité. Ne plus avoir d'impératif nous désinvestit du sérieux de l'ego. En effet, le mental, et à travers lui l'ego se jugent généralement investis d'une mission. Celle-ci est autoproclamée, mais est prise très au sérieux par ce que nous prenons pour être nous-même. Lâcher prise de toutes nos missions est la clef contre le sérieux de l'ego. Libéré du despotisme de notre mental, nous pouvons profiter de la joie du moment présent.

Mais le lâcher prise n'est pas seulement la clef pour la bonne humeur. Il est aussi la clef contre la souffrance, et plus généralement pour rester en bonne santé. En effet lâcher-prise de ses désirs, c'est donner beaucoup moins d'importance au mental, et vivre dans une certaine vacuité de la pensée. Ceci permet un calme, une sérénité propice au bon fonctionnement du cerveau reptilien. Ce dernier peut alors réguler efficacement les flux qui parcourent notre corps. Ainsi, le rythme cardiaque, le flux respiratoire, la température du corps et toutes les régulations nécessaires à notre santé sont mise en oeuvre dans le calme. Si au contraire, nous stressons sans lâcher-prise du mental, le cerveau reptilien est perturbé, et n'assure plus ses fonctions régulatrices, avec pour conséquences de nombreuses maladies.


Ainsi, lâcher-prise de sa propre volonté est une hygiène de vie, c'est le comportement du Sage. Si nous adoptons cette attitude, nous vivons en harmonie avec le cosmos, en harmonie avec l'instant. Nous vivons pleinement l'ici et maintenant, ce qui fait que chaque moment est capitalisé par notre cerveau, par notre être. Fini, les pertes de consciences dues à notre mental focalisé soit sur le passé soit vers le futur. Toute notre conscience est désormais focalisée sur l'instant présent et engrange cette expérience sans se focaliser dessus pour mieux vivre la suivante dans un continuel lâcher-prise.

Le lâcher-prise est une attitude, non pas de rejet, mais au contraire d'ouverture. Il s'agit de ne pas s'attacher à ce que l'on a ou ce que l'on est, mais d'accueillir ce qui arrive avec une ouverture candide, toujours prête à l'émerveillement. De la sorte, ce qui nous arrive est toujours nouveau et coloré, bien différent de la grisaille de l'ego et de son mental envahissant.  


Accueillir l'instant présent dans un continuel lâcher-prise de notre volonté permet de suivre le flux de l'instant présent. En aucune occasion nous ne nous opposons à lui. Ceci ne veut pas dire que nous perdons notre personnalité. Par exemple, pendant la seconde guerre mondiale, la question de cacher des Juifs s'est posée à un certain nombre d'entre-nous. Le lâcher-prise aurait-il conduit à les dénoncer pour qu'ils finissent dans des camps d'extermination ? Aurions nous pu vivre avec ce poids sur la conscience ? Non à l'évidence, le lâcher-prise, en accord avec nous-même et la situation, nous incitait à les cacher. En effet, l'instant présent réside dans la situation, mais aussi dans la perception que l'on en a.

Ainsi, nous allons d'instant en instant, cultivant l'harmonie du tout et de notre personne, l'harmonie du Monde, et l'harmonie entre nous et le Monde. Pour y parvenir, il existe une méthode indiquée par Lao Tseu, le Non -Agir. Ce Non-Agir ne va ni à l'encontre du Monde, dont on épouse les mouvements, ni à l'encontre de notre personne qui ainsi s'harmonise avec le Monde. Aussi, le lâcher-prise du Non-Agir nous apporte la paix, la sérénité, la joie.


vendredi 18 décembre 2015

Du Désir à la Joie : 9 : Le Vide


Chapitre 9 : Le Vide


Sans désir, notre mental se purifie peu à peu. Au point qu'un mental de qualité est un mental où les pensées se font rares. Elles laissent place au vide. Ce vide n'est pas un néant. De lui peuvent surgir nos intuitions les plus profondes. Mais notre mental ne s'y accroche pas, il laisse l'intuition éclore et nous comprenons souvent après coup la pertinence de celle-ci. Ainsi, sans désir, nous cultivons le vide de nos pensées. Ce vide est à nos pensées intuitives, ce que le silence est à la musique. Il est absolument nécessaire à une prestation de qualité. 

De la même façon que l'on a besoin du vide des portes et des fenêtres dans une maison, le vide de la pensée permet de nous servir de nos intuitions. Il faut comprendre que notre mental s'appuie forcément sur des idées du passé, que  ce soit pour se remémorer le passé, ou même inventer le futur. Nos intuitions sont, elles, en connexion directe avec l'instant présent, elles peuvent être de simples perceptions, ou des idées de provenance plus mystérieuses, mais en relation avec l'ici et maintenant. Ces idées sont de première main et sont souvent désignées comme l'Esprit dans de nombreuses traditions asiatiques. Une chose remarquable est que notre Esprit véritable, qui naît du vide de notre pensée, sera toujours positif, et protecteur, il ne peut pas nous trahir.


Quand nous réalisons cela, notre confiance et notre foi grandissent, et nous perfectionnons notre vide intérieur. En fait, c'est notre mental et ses élucubrations, qui trop souvent nous trompe. Si nous nous identifions au mental, très souvent, nous serons déçus, et nous dériverons alors vers la déprime. Avec l'Esprit, qui lui naît dans le vide, des connexions avec l'extérieure, rien ne peut nous décevoir. Et ce d'autant plus que nous sommes sans désir.

Faire le vide dans nos pensées nous fait découvrir un espace de liberté et de sérénité. Lorsque nous découvrons cette sérénité, un sentiment de joie émerge. Nous comprenons que ce n'est pas nous en tant qu'individu qui importons, mais notre osmose avec l'Univers, à travers l'ici et maintenant et l'Esprit. Grâce à l'Esprit et aux intuitions, nous sommes capables de communiquer avec l'Univers qui nous entoure. Et cette communication, qui devient communion est fructueuse pour l'Univers, et par retour pour nous. Nous atteignons la non dualité.


Lorsque nous observons les sages, nous sommes souvent étonnés voir surpris, du peu de bien matériel dont ils disposent. C'est qu'en réalité, ils ont conscience que prendre à l'Univers n'apporte rien, bien au contraire. Cela ne fait que satisfaire notre ego. Lao Tseu dit qu'un des trois trésors qu'il a le plus à cœur est l'économie. S'il n'y avait que des sages sur notre Terre, l'emprunte carbone par habitant serait négligeable. Et pourtant, nous serions tous paisibles et dans la joie.

Dans le monde ordinaire, le vide, l'espace, est ce qui nous permet de jouir des objets. Dans notre cerveau, le silence, le vide des pensées, est ce qui nous permet de jouir de l'Esprit et de sa nouveauté. Jouir de la perception de l'instant présent est déjà très bien et suffisant. Mais jouir d'une intuition qui permet de prévoir l'instant qui va suivre est une clef qui nous est donnée, pourvu que le vide de notre pensée soit de qualité.


Faire le vide dans nos pensées, c'est mettre de côté notre mental bruyant et l'activité du cortex de notre cerveau. De la sorte, nous faisons émerger l'activité beaucoup plus discrète de notre cerveau reptilien. La différence ? L'un (le cortex) repose sur des projections basées sur nos souvenirs, l'autre (le cerveau reptilien) capte ses informations dans la perception du moment présent. Nous avons tellement l'habitude d'écouter notre cortex, que d'ordinaire nous nous identifions à lui. L'être spirituel, lui est capable d'éteindre ce mental, d'y faire naître le silence, le vide. C'est ainsi que l'être spirituel se connecte à son esprit. Si nous voulons nous éveiller, nous devons cultiver le vide de la pensée, et faire le tri dans l'espace de notre conscience.

Car c'est bien la conscience pure qui naît du vide. L'espace qui reste après que nos pensées construites se soient tues est l'espace de la conscience. Et celle-ci englobe le monde à l'instant t. Elle est aussi vaste que le monde. En voici la preuve : tout le monde dont nous avons connaissance est né dans notre conscience. Et le monde dont nous avons conscience est peu différent du monde dont a conscience notre voisin. Aussi est-il vraisemblable que nous partagions la pure conscience, celle qui naît du vide, avec tous.


Et puis, en faisant le vide, nous nous recentrons sur l'instant présent. Nous ne sommes plus, ni happés par le passé, ni projeté dans le futur. Ainsi, nous profitons pleinement de l'ici et maintenant, qui est le seul lieu où se déroule la vie. La sagesse Bouddhiste a reconnu l'importance, et la puissance, de cette vie centrée sur le moment présent. Ils parlent d'ailleurs de vacuité pour qualifier le vide de la pensée.

Avec la pratique, on finit par avoir une confiance, une foi totale en l'Esprit qui naît du vide, de l’absence de mental. La confiance en cette pure conscience établit en nous une grande sérénité. Cette victoire que nous remportons sur l'activité bruyante du mental nous met en joie. Une joie naissante mais sure, que personne ne peut nous enlever car elle vient comme une reconnaissance : celle de l'Univers vis à vis de nous-même. La joie est alors grande de se savoir aidé, accompagné par l'Univers lui-même.


samedi 12 décembre 2015

Du Désir à la Joie : 8 : Unité


Chapitre 8 : Unité


En lâchant prise de tous nos désirs, nous sommes amenés à suivre le cours de notre vie telle qu'elle se présente instant après instant. Petit à petit, nous nous harmonisons avec notre lieu de vie, nous devenons transparents. Non que nous devenions insipides, mais nous faisons corps avec la vie. Avec nos désirs, notre ego a disparu, nous ne nous distinguons plus du reste de l'humanité, nous ne nous distinguons plus du cosmos, nous faisons corps avec lui, et ce dans l'humilité la plus sincère.
S'opère alors en nous une prise de conscience incroyable : notre être n'est pas séparé de l'Univers ! Notre destin et le sien ne sont pas différents. Ceci change la perspective avec laquelle nous voyons le monde. Nous sortons de l'illusion d'être un individu séparé, pour vivre la réalité de l'Unité. Cette nouvelle perspective nous montre le monde dans sa réalité non-duelle.

Notre conscience "savait" cela depuis toujours, mais notre désir d'être un être séparé était plus fort que tout, et cela depuis l'enfance ou notre "moi je" était né. Notre mental avait pris le dessus faisant naître un ego bien ancré. Détruire l'édifice de notre ego est une tâche bien délicate qui nécessite  de notre part ascèse et rigueur, mais nous pouvons y parvenir en déjouant nos désirs par le bief de la conscience. Il est tellement facile de pencher en faveur de nos désirs !


Mais si nous parvenons à vaincre nos désirs et par ce bief notre ego, nous devenons d'une humilité sans faille. Cela ne veut pas dire que nous nous abaissons au rang de poussière, mais que nous nous harmonisons avec notre environnement, pour se fondre dans son évolution naturelle. De ce point de vue, il nous est plus facile de vivre dans la nature que dans le monde torturé des hommes.

"L'individu" qui vit cette osmose avec l'Univers, et qui n'est donc plus un individu en tant que tel vit ce qui est parfois appelé l'éveil. Comme nous l'avons vu, c'est alors notre perspective du monde qui change. Notre perception du monde en est bouleversée. Tout devient merveilleux, et pourtant, rien ne change. Cette nouvelle perspective s'accompagne le plus souvent d'une irrésistible envie de partager l'expérience avec nos congénères. Cette tâche s'avère très délicate, elle est le propre des Bodhisattvas qui font le vœux d'aider tous les êtres à opérer  cette union avec le cosmos.

Pour les bouddhistes, si nous n'avons pas encore opéré cette union avec l'Univers, nous vivons dans l'illusion. En revanche, si nous vivons sans désir en communion avec la vie, nous sommes éveillés. Nous vivons alors sur un autre plan, celui des immortels. Car la conscience que nous acquerrons alors s'est défaite de l'ego qui lui seul est mortel.


Essayons de vivre avec le destin de l'Univers entre nos mains, vivons le à notre échelle, humblement, ne soyons plus séparé de lui, vivons dans une totale Unité, dans l'amour du grand Tout. Goûtons cette joie d'avoir retrouvé une si grande famille ! 

samedi 5 décembre 2015

Du Désir à la Joie : 7 : Le lâcher-prise



Chapitre 7 : Le lâcher-prise


D'ordinaire, le mental nous pousse à agir pour satisfaire nos désirs. Nous sommes alors embarqués dans une spirale infernale, qui, si l'on n'y prend pas garde, dirige notre vie et nous conduit de déception en déception. Nous nous fixons des buts, et nous nous en voulons si nous ne parvenons pas à les atteindre. Nous perdons confiance en nous et nous faisons encore moins confiance au monde qui nous entoure, et petit à petit nous perdons pied. Certains d'entre nous se plient plus ou moins à ce diktat du mental, et bon an mal an vivent une vie parsemée de déceptions et de pâles satisfactions. D'autres sombrent dans le désespoir. Or pour éviter une telle descente aux enfers, il nous suffit de lâcher-prise des désirs. Et, comme chez l'homme ordinaire le désir est partout, le lâcher prise s'applique à presque tout !



Pour une douleur vive, physique ou mentale, nous comprenons aisément que le lâcher prise puisse être efficace. Et de fait, il l'est. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit facile à mettre en oeuvre. Par exemple pour un mal de dos, lâcher prise veut dire se décontracter totalement, mais bien souvent, au contraire, nous nous crispons, nous nous contractons encore plus ! Et la douleur ne fait que croître. Il en va de même avec le désir. Si nous lâchons prise, nous n'attachons plus d'importance à nos désirs, la souffrance mentale s'estompera petit à petit. Mais si au contraire, nous ajoutons du désir au désir, notre attente sera de plus en plus insoutenable, et nous souffrirons de nous attacher à ces désirs.

Ainsi, pour le désir intense comme pour les fortes douleurs, le lâcher prise est efficace. Mais qu'en est-il des douleurs sourdes, ou du désir ordinaire ? Si nous avons un léger mal de tête, ou une petite envie de grignoter, que peut apporter le lâcher-prise ? Dans le lâcher prise, on accueil l'instant présent avec joie. Donc pour le mal de tête, il s'agit de se laisser aller, d'accueillir la douleur, jusqu'à apprécier cette douleur. Et il n'est pas rare que cela suffise à la faire disparaître. Pour les petits désirs, le lâcher-prise revient à accueillir ce qui vient sans y projeter quoi-que ce soit de désiré. Ainsi, l'accueil ne rentre pas en conflit avec l'attente.


Pourquoi le lâcher prise est-il si efficace ?
Pour une douleur physique, nous nous arrêtons de nous crisper, nous accueillons la douleur sereinement. C'est à dire que nous ne faisons pas tourner le mental inutilement. Nous n'ajoutons pas à la douleur de l'inquiétude, ou un désir de guérir à tout prix. Dans le lâcher-prise notre mental est calme. Au niveau de notre cerveau, notre cortex est au repos, ce qui laisse à notre cerveau reptilien le loisir d'agir à sa guise. Or notre cerveau reptilien est le chef d'orchestre de notre corps, ainsi calmer notre mental et nos désirs autorise notre cerveau reptilien à réguler notre corps comme il se doit. Alimenter nos désirs, c'est un peu comme si nous allions à l'opéra pour écouter une symphonie et qu'une boite de nuit dont nous serions le propriétaire fasse un vacarme du tonnerre juste au dessus !
Dans ces conditions, il est clair que les ordres du chef d'orchestre parviendraient mal aux musiciens. Et bien c'est ce qui se passe lorsque notre mental tourne en boucle sur un désir. Nous empêchons notre cerveau reptilien de s'occuper de notre corps comme il se doit. Ce qui conduit malheureusement à des maladies non seulement psychiques, mais aussi physiques. Pour éviter cela, le lâcher prise et le calme du mental sont les solutions à bien des maux.


En méditation, on apprend à lâcher prise du mental. Des techniques, comme par exemple la concentration sur la respiration permettent d'aller jusqu'à l'extinction du mental et de ses désirs. On comprend pourquoi la méditation est désormais reconnue pour ses bienfaits sur la santé. La paix et la sérénité que l'on atteint en méditation est de nature à nous mettre en joie.

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