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vendredi 19 janvier 2018

Une spiritualité à deux vitesses


Quand on lit des ouvrages de spiritualité, force est de constater qu'ils ne présentent pas tous la même qualité, la même profondeur. Je les range en deux catégories : ceux qui me tombent des mains, et ceux qui me font vibrer.
Ceux qui me tombent des mains sont souvent descriptifs, ils utilisent des mots savants pour décrire des phénomènes qui participent à la culture considérée. Par exemple dans le Bouddhisme on parle des 4 nobles vérité, de l'octuple sentier, du nirvana, du samsara, du dharma... Et, connaitre l'octuple sentier vous rend savant mais ne vous avance pas sur le plan spirituel. L'auteur peut aussi décrire des faits sociétaux ou scientifiques pour appuyer ses dires en
citant par exemple ce qui se produisit lors du massacre des Tutsis  par les Hutus au Rwanda. C'est très accrocheur, on ne peut que regretter ces faits, mais cela ne nous dit pas que faire pour progresser sur la voie.
Sont aussi pénibles, ceux qui partent dans de grandes envolées décrivant des processus psychiques dont on ne voit pas la fin, et qui surtout restent très théoriques, éloignés de ce que l'on peut pratiquer au jour le jour.
D'autres mettent en oeuvre une symbolique savante, comme si parler par le biais de symboles rendait le discours plus crédible. Pire, certains cachent leur propos derrière un phrasé ésotérique, rendant impossible l'accès au mystère pour le
profane. Car on sent bien, à travers ces tentatives, parfois savantes mais souvent maladroites que le but est de toucher du doigt le mystère de cette vie spirituelle qui leur échappe.

A l'inverse, d'autres vous font vibrer, parlent vrai, et vous touchent en plein cœur. Vivre sans ego, au jour le jour, sans aucun autre désir que d'accueillir la vie comme elle est, n'est pas compliqué en soi, mais nécessite une prise de conscience que l'on acquiert par la pratique de la pure conscience, accessible, entre autres, par la méditation. Certains, donc, vous accompagnent dans le retrait de l'ego qui laisse place à la pleine
conscience, à l'éveil. Ils vous expliquent le mécanisme du désir, et les moyens de s'en défaire. Et là, cela ne sonne pas creux, cela fait vibrer le Tao qui est déjà en vous, époussetant, dépoussiérant, le précieux miroir qu'est la conscience. Ainsi, lavée des désirs de l'ego, la conscience, libérée des affres du mental, achoppe sur la Vertu, le Te du Tao Te King de Lao Tseu; vous êtes sur la voie, immortel. Ainsi, certains vous parlent sans détour, de cette chose simple qu'est l'éveil, d'autres vous compliquent la tâche.
Souvent, la démarche est sincère, mais, si elle est polluée par le mental de l'auteur, cela polluera notre lecture

Par exemple, les paraboles du Christ vont droit au cœur. Elles me font vibrer. A l'opposé, le récit des miracles de Jésus comme la marche sur l'eau font que la Bible me tombe des mains.On sent bien que le premier exemple vient directement de l'éveillé, alors que le second est un rapport maladroit de ses disciples. Une spiritualité à deux vitesses !

vendredi 12 janvier 2018

Une minorité silencieuse


"Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas" dit Lao Tseu. L'éveillé est celui qui connaît l'existence du Tao, celui qui sait et celui-là est tellement humble devant la puissance du Tao, qu'il préfère se taire plutôt que d'induire en erreur son prochain. En revanche, celui qui a reçu quelques flashs de la puissance du Tao, celui-là parle et vante les mérites du Tao sans même savoir.
Mais, certains éveillés comme le célèbre Bouddha Shakyamuni ont préféré ne pas vivre en arhat (personne qui vit l'éveil pour soi) et ont ressenti de la compassion pour leur prochain et ont ainsi développé et diffusé un enseignement. Peux-t-on pour autant qualifier la position de Lao Tseu d'égoïste ? Certes non ! Lao Tseu, par l'héritage qu'il a laissé à travers son Tao Te King, qui est un concentré de sagesse, a laissé un enseignement de tout premier ordre, peut-être meilleur que celui de Bouddha, car moins diffus De plus on dispose des écrits du Maître, chose qui n'existe pas chez Bouddha. 
Aussi, nombre d'éveillés se taisent, c'est pourquoi ont peut parler de minorité silencieuse. Minorité, parce qu'il faut bien convenir que les personnes dominées par leur ego sont légions et que les éveillés, même ceux qui n'ont pas d'ego, et qui sont éveillés sans le savoir, sont minoritaires et même constituent une infinitésimale minorité. Silencieuse, parce qu'il est tellement délicat de parler du Tao, que l'on se casse les dents à essayer de convaincre, et qu'il est préférable de se taire.
Observez l'individu ordinaire; lorsqu'il parle, il parle de lui et de ses exploits, lorsqu'il ne parle pas, il cherche ce qu'il pourrait bien dire pour se mettre en valeur. Il est gouverné par l'ego. L'homme du Tao, lui n'intervient que lorsqu'il sent qu'il peut aider le Tao avec toute l'humilité que cela requiert.
Il est très délicat de se fier à quelqu'un qui parle ouvertement du Tao, la parole est trompeuse et le Tao est tellement fuyant. Si la parole vient du cœur, elle est digne de confiance, si elle vient du mental, et des constructions qui vont avec, alors vous pouvez passer votre chemin, car le mental ne se fonde sur rien d'autre que lui-même, et certainement pas sur l'instinct qui vient du cœur.
A part quelques illuminés (de bonne foi ou non) qui fleurissent  un peu partout sur internet et qui vous proposent moyennant finance, des satsangs quelque fois passionnants, force est de constater que croiser l'être éveillé est très rare, et ceci est d'autant plus vrai que ce dernier, s'il est crédible, n'étale pas sa science.
En outre, il est très malaisé de parler du Tao, tant il est riche de paradoxes. On croit trouver la vérité universelle, et par un paradoxe, ou un pied de né, la réalité nous rappelle que la vérité que nous venons de trouver n'est pas tout, qu'elle n'était qu'un trait de lumière éphémère, un satori. Cette vérité sur le Tao rend l'éveillé plus humble que jamais. On peut constater, par exemple que l'offre sur internet concernant le Tao est très limitée. L'offre littéraire n'est guère plus étoffée, je suis toujours surpris qu'aucun auteur n'ait repris des récits à la manière des Lie-, Tchouang- ou Lao- Tseu. Ceux-ci sont tellement caractéristiques, qu'ils auraient pu être copiés, mais il faut croire qu'il n'est pas aisé de copier un Tchouang-Tseu. Cela nous montre bien que les êtres éclairés forment une minorité, et qu'a part quelques témoignages, cette minorité reste silencieuse.
Parler de la vacuité intérieure, de la vacuité de la pensée, de cette conscience pure que l'on atteint à force de méditation et de pratique du Non Désir est quasiment mission impossible. Comment décrire ce qui émane de cette vacuité ? Comment la transmettre alors qu'on est toujours plus surpris de sa richesse et de sa justesse. Cela est d'autant plus difficile, qu'il faut que l'individu auquel on s'adresse ait pris conscience de l'intérêt du Tao. C'est donc à chaque instant une infime poignée d'individus qui s'éveille, contre une écrasante majorité qui se laisse guider par le mental.
Fort de ce constat, on n'est pas près de voir un peuple s'éveiller dans sa totalité, et je suis le premier à le déplorer.

vendredi 5 janvier 2018

BONNE ANNÉE 2018 !
ET TOUS MES VŒUX DE SANTE ET DE BONHEUR !  

La pensée juste


Si le mental est illusion pourquoi nous a-t-il été donné de penser ? Instrument de l'ego, la pensée est illusion, car le fruit d'un désir au sens large. Elle peut me servir à savoir ce que je vais faire dans les instants, les heures, voir les jours qui viennent, prédire et ainsi m'éviter un danger, regretter d'avoir mal agi, bref tout un tas de pensées sous-tendues par le désir de faire ou le désir d'avoir fait autrement. Les constructions de la pensée peuvent être savantes, mais elles ne coïncident jamais avec la réalité, pour la bonne et simple raison que la pensée qui siège dans notre cortex n'est que rarement concentrée sur l'instant présent. La plupart du temps notre pensée vagabonde, rêvasse sur le futur ou sur le passé. Pour pallier à ce défaut des techniques de méditation nous proposent de nous concentrer sur la respiration. 'La concentration calme le mental, la méditation l'éteint" dit-on dans certaines pratiques, et il est vrai que la concentration sur l'instant présent évite au mental le vagabondage.

Sans vouloir porter de jugement, se concentrer sur l'instant présent est la meilleure utilisation que l'on puisse faire du mental. Et c'est sans doute pour cela qu'il nous a été donné de penser. Tous les calculs que l'on peut faire sur le futur ou les récits que l'on peut faire du passé n'ont que peu de valeur, s'il ne sont pas directement au service de l'ici et maintenant. Je ne cherche pas à dévaluer le travail des scientifiques qui cherchent à prédire le comportement d'engins balistiques, ou a classifier les espèces ni le travail littéraire qui nous permettent grâce aux romans de passer d'agréables moments de lectures, mais force est de constater que si, pour l'un ou pour l'autre, je me détourne de la concentration sur l'ici et maintenant, je plonge dans l'illusion des rêveries, dans l'illusion du désir. 

La pensée juste consiste à s'affranchir du désir, et donc d'oublier sa personne, ses repères, en devenant purement instinctif, et en se mettant complètement au service de cet instinct. Ce qui est magique, c'est que notre cerveau, même dans ce comportement instinctif sait faire appel à nos souvenirs et à notre capacité à anticiper l'avenir. Ainsi il ne s'interdit rien et profite pleinement de l'instant présent. En fait, la pensée juste évite les états nostalgiques, angoissés ou nerveux. Accepter l'instant présent rend zen.
La pensée juste se concentre sur l'ici et maintenant, instinctive, elle fait confiance au Tao, et le suit. Elle est un peu comme un miroir, où se reflète le monde tel qu'il est ici et maintenant, avec ses problèmes et ses solutions qui procèdent tout simplement de l'instant suivant. Et, il n'est pas nécessaire d'essayer de voir plus loin.

La pensée juste est donc comme un miroir dans lequel se reflète les deux mondes, le monde réel et notre monde intérieur. Le Taoïste cherche à harmoniser ces deux mondes, ce qui rend le miroir toujours plus propre, rendant son image d'une netteté immaculée. S’entraîner à avoir une pensée juste est une véritable voie conduisant à l'éveil. La pensée juste harmonise l'intérieur et l'extérieur au point qu'il n'y ait plus de frontière entre l'individu et le reste du Monde. On tend vers la non dualité la plus parfaite.  

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