Language

samedi 7 juillet 2018

Pourquoi est-ce si difficile de parler du Tao ?


Le Tao est, c'est certain, mais c'est aussi un mystère. Donc, dès qu'on le qualifie, le mystère s'estompe, et l'on manque, par la même occasion la cible. Car le Tao demeure un mystère quelque soit la justesse des termes employés à son propos. C'est pourquoi il est difficile d'en parler, et ce, même avec des paroles simples tout autant qu'avec des paroles compliquées. Le Tao est un principe, le principe même de la vie, et un principe cela ne se démontre pas, cela s'énonce. Tout au mieux peut-on dire que c'est le principe du retour à l'équilibre universel. Aller contre, c'est s'assurer les foudres de l'Univers, aller dans le sens du retour se fait le plus souvent en douceur, mais aussi avec une certaine efficacité. 
Il est aussi difficile d'en parler, car le Tao dérange. Il dérange même tous les ego de la planète. Et Dieu sait s'il sont nombreux, sans doute plus de 90% d'hommes et de femmes qui agissent en fonction de leurs désirs propres. Comment leur faire comprendre la subtilité du Tao, quand cela va à l'exact encontre de leur désir ? Et pourtant, se libérer du désir, lâcher prise est le meilleur moyen de se contenter de ce que l'on a. Et l'homme du Tao possède l'Univers dans son intégralité, telle est la force du non-désir.
Le Tao se reflète dans tout, il est donc aussi en nous. Et trouver notre reflet dans tout nous emplie de compassion, d'amour pour tout ce qui existe. Le Tao est là où nous l'avons laissé, ce bureau, avec son désordre apparent, cette chaise, cette armoire, ces gens à l'extérieur, cette sirène de pompiers, tout est là tel que nous l'avons laissé, mais tout est aussi en devenir, car le Tao est vivant. La Terre est soumise à des forces et des énergies, les forces telluriques , l'énergie en provenance du Soleil, la gravitation... tout cela agit et crée la vie telle qu'on la connait, et le retour à l'équilibre est ce qu'il y a de plus simple, mais l'énergie solaire rebat en permanence les cartes de telle sorte que certains pensent qu'il est bon d'accumuler des richesses, de l'amour, du savoir...
Or le Tao ne s'accumule pas, il se suit, c'est la vie qui nous montre la Voie. Alors, arrêtons de désirer toujours plus de richesses, de vouloir toujours plus de biens matériel, toujours plus de savoir, de chercher ce que l'on pourrait bien grignoter, d'en vouloir plus en amour, de vouloir élargir son savoir, d'en demander toujours plus à la vie, bref stoppons nos désirs, et remettons nous en entièrement au Tao. Car lui sait toujours ce qui est bon pour l'Univers, et par voie de conséquence, ce qui est bon pour nous.

vendredi 29 juin 2018

Comment trouver le Tao ?


Le Tao est en lui-même un Mystère. Le conceptualiser est donc impossible. Il est là présent dans tout, mais invisible. Vous le montrer est donc tout bonnement impossible. Lao Tseu ne le montre pas non plus, mais en en parlant, il permet petit à petit au lecteur de le cerner. Et lire à propos du Tao ne suffit pas, il faut pratiquer. Il ne suffit pas de lire ce qu'est la vertu pour apercevoir le Tao, il faut la mettre en oeuvre. Le Tao est naturel, revenons nous aussi au naturel. Le Tao est humble, soyons humble nous aussi. Le Tao est incorruptible, soyons incorruptible nous aussi. Le Tao est discret, soyons discrets nous aussi.
Le Tao se vit de l'intérieur, mais il se manifeste à l'extérieur. Les liens entre l'intérieur et l'extérieur
sont le Tao. Les prémonitions, les expériences extrasensorielles mettent en oeuvre le Tao, mais les expériences les plus simples comme la contemplation d'une rose sont celles qui mettent le plus en exergue le Tao.
Et puis, il y a les grandes voies, comme celle du non-désir, et celle du non-agir. Il s'agit là encore de copier le Tao. Comme lui, être sans désir propre, attentif à la vie, attendre qu'elle se manifeste et l'aider sans désir, à s'accomplir, ainsi l'homme sans désir ne fait pratiquement rien, et pourtant, la vie s'accomplit par lui. C'est aussi l'essence du non-agir. Ne rien faire par et pour sa propre personne, non-agir, c'est aussi suivre le Tao.
A force de pratique, on s'applique à effacer son ego à vivre dans le non-être. N'ayant plus aucun but, on communie avec la nature, on se fond littéralement en elle, et l'on se fond avec la vie. On finit par faire partie du décor. Et cela est naturel car le Tao, c'est la profondeur du décor. Ainsi, on ne s'attache à rien, et l'on peut "profiter" de tout.
C'est bien là qu'est le paradoxe ! On est rien, on ne désire rien, on ne fait rien, et par le Tao, on rejoint le Tout, le Tout s'offre à nous !
Sans doute serait-il bon de parler à l'école de cette vérité simple qu'est le Tao. J'aurais apprécié qu'on m'en parle étant petit. J'aurais aimé savoir qu'il existait autre chose que cette compétition entre les êtres que l'on nous enseigne dès le plus jeune âge. Et il ne s'agit pas de fabriquer des moutons, car l'homme du Tao redevient naturel, on ne peut faire plus naturel. C'est l'égoïsme qui rend caricatural. L'homme du Tao, lui est vierge comme le nouveau-né, il est on ne peux plus conforme à l'original. Peut-être qu'un jour, on parlera de la grande voie à l'école ?!? 

vendredi 22 juin 2018

Football

En ces temps de coupe du Monde, difficile d'éviter le ballon rond ! Mais qu'est-ce que le football, pourquoi passionne-t-il tant ?
D'abord, c'est un sport, et à ce titre, nombre de sportifs se reconnaissent dans l'effort que fournissent les athlètes sur le terrain. Mais ce n'est pas tout, c'est aussi un jeu, dont les règles sont assez simples pour que tout le monde puisse y aller de son pronostic. D'ailleurs c'est ce qui rend un jeu attractif : des règles simples avec l'issu incertaine. Ce qui fait un beau match, ce n'est pas deux équipes fortes, mais deux équipes de même niveau. Même quand, celles-ci se neutralisent les gestes techniques restent beaux.
Dans un stade de foot, rien ne se passe plus comme à l'extérieur, seules les limites du terrain et les cages comptent, les bruits extérieurs sont laissés de côté, même lors de l'attentat du stade de France, les bruits des explosions terroristes ont mis un temps avant d'annuler le match. C'est que l'on préfère se concentrer sur le jeu.
Dans un jeu, on respecte les règles, et on fait ce que l'on veut en restant dans les clous. On dispose donc dune réelle liberté. Tant qu'on ne va pas à la faute, on est libre de s'exprimer. Ainsi, des personnalités de joueurs apparaissent. Comme ils ont commencé jeunes, certains sont doués d'un fort ego.  Le ballon rond n'est pas connu pour faire naître des personnalités très humbles. Il faut dire que tout est fait pour les encenser lorsqu'ils marquent un but. A ce jeu la, on se monte vite la tête !
Les sommes astronomiques que perçoivent les joueurs ne sont pas faites non plus pour aider à garder la tête froide.
Le Tao est un peu comme le Football; un jeu dont les règles sont les mêmes pour tout le monde. Sauf qu'il n'y a aucune règle, et que cela nous donne une grande liberté. En premier lieu cela donne une grande liberté à notre ego, qui si l'on n'y prend garde va nous polluer toute notre vie durant. Et puis, dans une génération, il y a un faible pourcentage qui prend conscience de l'ego et qui réalise que si on laisse vivre l'ego, on n'est pas libre, mais soumis à ses désirs. (Et il est tellement facile de se passionner pour le drapeau tricolore.) Aussi décident-ils de se soumettre au Tao, concrètement, se soumettre à rien, et ainsi devenir entièrement libre.

Ainsi, l'homme du Tao est-il comparable à un très bon joueur de foot qui parcourait la surface du terrain avec une très grande dextérité, ferait des passes très précises et irait droit au but sans même l'avoir conçu.

vendredi 15 juin 2018

Rien


Quand je suis le Tao, il ne se passe rien. Quand je penses au Tao, je ne pense à rien. Quand je vois le Tao, je ne vois rien. Quand je médite sur le Tao, je médite sur rien. Et pourtant... 
Pourtant le Tao est tout. Ce que je vois par la fenêtre est le Tao. La fourmi qui court sur son chemin est le Tao. Les astres, le Soleil, la Terre sont le Tao. Que peut-il nous apporter de plus que l'évidence ? Le Tao est dans l'état dans lequel nous le voyons, le touchons, l'entendons, le goûtons et le sentons. Il est là magnifique toujours prêt à rééquilibrer ce qui ne l'est pas. 
Et dans cette tâche, je l'aide volontiers. Mais, s'il est calme, paisible, je ne fais rien. Car comme lui, je ne désire rien. Ce sont les hommes qui enlaidissent le monde, la nature, elle, est régie par le Tao, elle
a la beauté de l'équilibre. Certaines races, comme les fourmis, les castors ou les termites construisent des habitats qui défient les lois de la nature, qui défient le Tao. Tout comme les hommes, elles s'exposent à des retours de manivelles, parfois elles courent à leur perte.
Pourtant, nous sommes le Tao, dès lors quelle idée de vouloir accumuler des richesses ? Avec le Tao nous sommes riches de Tout. Nous ne voyons rien, mais il est tout ! Aussi, prendre soin de nous, c'est prendre soin du Tao. Mais tout ce qui nous entoure, les personnes comme les objets, sont aussi le Tao. Aussi, devons nous prendre soin d'autrui et de l'environnement.
Au lieu de cela, les hommes se sentent seuls et ont des désirs qui selon eux les combleraient. Mais ils
ne se rendent pas compte qu'ils ont déjà tout. Ils sont le Tao dans le Tao. Que peut on désirer de plus ? Ils sont des bras du Tao, de vrais représentants. Alors pourquoi vouloir une belle voiture, une grande maison, une belle famille, du pouvoir ? Car en plus, le désir est ainsi fait qu'on en veut toujours plus ! C'est cette maladie, celle du désir, qui gangrène notre société. Et les animaux, lorsqu'ils sont eux aussi mus par le désir ne valent pas mieux que nous. 
Le chat qui convoite le poisson se mouille la patte, c'est inévitable. L'homme qui désire pollue son cerveau. Ceci a souvent pour conséquence de polluer le corps et génère des maladies. Quand on
prend conscience de cette vérité simple, le monde change, ou plutôt notre perception du monde change. C'est ce que le Zen nome le satori. On vit alors dans une parfaite non-dualité, on n'est plus séparé du monde, ni seul sur Terre, mais relié au tout par les liens du Tao. C'est l'extase qui vient parce qu'on s"est libéré pour un temps du désir. Mais, même si on ne replonge pas dans nos travers, l'extase ne dure qu'un temps car le Tao est simple, naturel. Sa perception n'a rien d'extraordinaire, elle devrait être le lot de la majorité. Mais nous savons bien que c'est l'inverse qui se produit car la majorité des hommes est gouvernée par l'Ego, et l'Ego, ce n'est RIEN assurément.

vendredi 8 juin 2018

Ambition


"On ne doit pas se laisser gonfler par l'ambition. Il faut éviter les erreurs du cœur, laisser la vertu se manifester et ne pas entraver la voie. Les dignités et les richesses; l'éminence et l'autorité, le renom et l'intérêt, ces six désirs gonflent l'ambition de l'homme. Le maintien et l'action, la physionomie ou le raisonnement, le ton et le jugement enchaînent le cœur de l'homme. La haine et le désir, la joie et la colère, la tristesse et le plaisir, ces six passions entravent la vertu. Le fait d'accepter et celui de refuser, celui de prendre et celui de donner, l'intelligence et la capacité, ces six aspirations bouchent l'accès à la voie. Qui n'est pas mû par ces vingt-quatre passions humaines se maintiendra en parfait équilibre; son âme sera sereine, clairvoyante et humble. Il n'agit pas, mais tout se fait par lui.
Le Tao, c'est ce que vénère la vertu humaine. La vie de l'homme c'est le rayonnement de la vertu. La nature de l'homme c'est la substance de sa vie.La manifestation de la nature humaine s'appelle l'action; l'action qui force s'appelle la perte. Connaître c'est entrer en contact avec la réalité et la prévoir. Ainsi la connaissance humaine ne peut saisir certains aspects de la réalité, de même que les yeux qui louchent ne peuvent embrasser certains aspects d'un objet. N'agir que par nécessité extérieur s'appelle la vertu; n'agir que par exigence intérieure s'appelle l'ordre; ces deux phrases qui semblent se contredire expriment deux aspects d'une même réalité."

Tchouang-Tseu 

Cette réflexion de Tchoang-Tseu sur l'ambition humaine est à lire et à relire pour en extraire toute la substantifique moelle. L'ambition nous conduit à l'excès et nous entrave sur la voie qu'est le Tao. La vertu n'est pas synonyme d'ego ni de passions. Aussi, il faut agir par nécessité extérieur (le Tao) ou par exigence intérieure (le Tao), car le Tao se manifeste à l'extérieur comme à l'intérieur, ce sont deux aspect d'une même nature. En fait, il faut lâcher prise de toute action et voir venir le Tao à travers soi.    

samedi 2 juin 2018

Qui gouverne le mental ?


Tout à l'heure, je passais la tondeuse, et ayant terminé, je m'offrais un peu de répit sur la terrasse, je fermais les yeux, et tout de suite des images d'herbe et de tondeuse me vinrent à l'esprit, j'en vint alors rapidement à penser à l'huile de la tondeuse que je n'ai pas encore vidangée (elle a deux ans). Je me fait alors la remarque que je ne sais plus où se trouve mon bidon d'huile pour tondeuse, et vient à imaginer que j'utilise de l'huile pour voiture, aussitôt mon mental me projette une image d'épaisse mayonnaise sortant du capot de la tondeuse. Alors ma conscience me sort de ma rêverie... Rien ne dit que les choses se passent de manière aussi catastrophique 1°) tu vas sûrement retrouver ton bidon d'huile spéciale tondeuse, 2°) rien ne dit que l'huile pour voiture soit si catastrophique, renseigne toi sur internet. 
Je ne sais ce qui préside vos pensées, mais pour ma part, si je les laisse voguer, elle imaginent très vite  le pire, mon mental est ainsi fait : imaginer le pire pour préparer l'avenir. L'ennui, c'est que si on le laisse faire, cela peut très vite devenir stressant. Alors il faut apprendre à travailler avec sa
conscience. Dès que celle-ci voit ce qu'imagine le mental, elle peut le remettre à sa place, comme dans le cas de la tondeuse.
Mais qui gouverne le mental ? Celui-ci a une grande capacité d'imagination, pourvu qu'on le laisse voguer à son rythme, car, l'avez vous remarqué ? Dès qu'on cherche à lui forcer la main, il est très dur d'imaginer ce que l'on désire. Très dur, par exemple, de visualiser le visage de l'être aimé. Par contre, pour sauter du coq à l'âne, le mental est très fort. Oh, souvent, il y a un fil conducteur, une image en appelant une autre, c'est ce que l'on observe en méditation. Nos souvenirs plus ou moins récents se bousculent, et notre mental raconte une histoire qui pourrait nous concerner dans l'avenir. C'est en tous cas ce qu'il fait croire. Et l'on se laisse prendre au jeux, quelques secondes, quelques minutes voir quelques dizaines de minutes. L'art de la méditation est de redonner priorité à la conscience sur le mental. La conscience est ce qui voit le jeu du mental, et qui peut ainsi le remettre à sa place.
Rien de bien précis gouverne le mental. Celui-ci fait des associations entre les souvenirs et les fait resurgir pour envisager l'avenir, et comme je l'ai déjà dit, il envisage le pire pour être sûr que l'on soit bien prêt. Très souvent, il envisage la mort et l'on n'y prête même plus attention, tant son comportement est caricatural. 
Les idées surgissent les unes après les autres aussi remonter le fil n'est pas évident. Pourtant, je vous invite à faire l'essai: remonter le fil de vos idées. Sans doute parviendrez vous à suivre le fil sur trois ou quatre pensées, et puis l'idée de base, vous ne saurez plus très bien d'où elle vient. Pourquoi ? Parce que certaines idées, pensées, naissent de la vacuité. Et cette vacuité est une usine à pensées, loin d'être vide, elle est le lieu de l'imagination. Si quelque chose gouverne notre mental, c'est bien elle.
Autrement dit, nous sommes sujets à la vacuité qui gouverne notre mental, et disposons de notre conscience pour mettre un peu d'ordre dans nos pensées. Personnellement, j'essaie de m'en remettre à la vacuité par le biais de la conscience, plutôt qu'aux tergiversations du mental. 

vendredi 25 mai 2018

Adaptation


Dans le Tchouang Tseu, on trouve ceci sur l'adaptation :

Les animaux se fondent dans leur environnement
"L'artisan Chouei tournait des objets aussi parfaits que s'ils eussent été faits au compas et à l'équerre; son doigt suivait la forme des choses sans que sa conscience intervint. Il atteignait à une telle habileté parce que son âme, étant concentrée, était libre d'entrave.
Faire oublier l'existence des pieds, c'est l'adaptation parfaite des souliers; faire oublier l'existence des reins, c'est l'adaptation parfaite de la ceinture; faire oublier la distinction entre le pour et le contre donne la mesure de l'adaptation parfaite de l'esprit humain; ne subir aucun changement intérieur et ne pas se laisser diriger par le monde extérieur, c'est s'adapter toujours et en tous les cas, c'est posséder une faculté d'adaptation qui s'oublie elle-même."

Tchouang Tseu a remarqué que l'adaptation des choses comme un pied et son soulier fait oublier les choses. En effet, lorsque l'on marche, ce qui compte, c'est que la force que l'on applique avec le pied passe entièrement sur la route. Et pour cela il faut que le soulier soit souple comme la chair côté pied et que le soulier soit dur comme le bitume côté route, le tout avec une certaine souplesse pour autoriser le mouvement. Quand cette force passe entièrement, on oublie le soulier. Cette loi de l'adaptation est bien connue des électroniciens qui, comme moi l'utilisent tous les jours sur les composants électroniques. On sait que la puissance transmise d'un générateur à un récepteur est maximale quand générateur et récepteur possèdent la même impédance* interne. On parle
d'adaptation d'impédance. Lorsque les deux impédances sont franchement différentes, c'est le courant, ou la tension qui sont transmis, ces propriétés ont elles aussi leur intérêt. Autrement dit, l'adaptation d'impédance est comparable à la loi du juste milieu, si chère aux Lie Tchouang et Lao Tseu ! C'est une loi universelle, et qui vaut donc pour l'esprit humain lorsqu'il pèse le pour et le contre, et la flexibilité de l'homme pour ne pas se laisser influencer par le monde extérieur. Lorsque l'homme non-agit de la sorte, il s'adapte à la vie, et ce sans aucun effort, en oubliant même son art de l'adaptation.

Ainsi le potier n'ayant plus aucune volonté de modifier la forme laisse cette forme venir d'elle même, et épouser celle de son esprit. C'est l'adaptation parfaite entre l'artisan et sa création. 

*En fait les impédances sont complexes-conjuguées (précision pour les puristes)/

vendredi 18 mai 2018

Souvenez vous


Souvenez-vous, essayez de remonter dans le temps, le plus loin possible, vos premiers souvenirs, ceux où vous étiez presque nourrisson. Peu de souvenirs vous reviennent ? Et pour cause, c'était une époque où vous étiez encore presque vierge de désirs, une époque où tout ce qui comptait pour vous c'était de savoir votre mère proche de vous. Ce désir était vital, et c'est pourquoi il fut le premier à apparaître mais pour le reste, vous n'aviez pas encore de désir. Et vous n'étiez pas paniqué, au contraire, vous étiez confiant. Parce qu'une force tranquille, celle de la vie était présente en vous. Cette présence vous rassurait, vous ne la polluiez pas encore avec les tracas de ce qui est devenu votre vie quotidienne. Et cette présence de la vie est un trait d'union entre tous les hommes, mais aussi tous les êtres. C'est ce qui nous donne foi à aller de l'avant. Nous l'avons encore, il s'agit juste de chasser les pensées qui envahissent notre quotidien. Faites-en l'expérience, chassez ces pensées. Vous y êtes ? Que reste-t-il ? RIEN, seulement cette conscience d'être là, vivant, et cette connexion au vivant. Pour prendre une image, cette connexion était celle d'Adam et Eve avec Dieu au jardin d'Eden. Et le serpent représente le désir et le fruit défendu le savoir. Alors pourquoi ne pas rendre à Dieu ce fruit défendu et retrouver
le paradis ? C'est ce que propose Lao Tseu en abandonnant les désirs. Bien sûr Lao Tseu n'a pas besoin de Dieu pour aborder le mystère de la vie, il le fait très bien avec le Tao, mais c'est une image. Cette connexion avec le mystère de la vie, nous l'avons tous, et c'est celle-là qu'il nous faut cultiver si nous voulons être heureux. Et au plus profond de nous nous savons que cette connexion ne nous demande rien. Aussi, Lao Tseu nous propose d'imiter le Tao, il nous propose de ne rien demander, de ne rien désirer. Cette attitude passive n'est pas la plus simple, elle demande un certain effort, tant l'ego et ses désirs sont puissants.
L'homme fatigué, blessé, malade, face à la mort, est contraint de lâcher prise, de tout laisser d'abandonner. Il retrouve alors ce contact ténu avec le mystère de la vie, et il retrouve souvent de nouvelles ressources, insoupçonnées, qui lui donnent droit à un nouveau départ. J'ai connu une telle
maladie, et bien que je ne connaissais pas encore ni Lao Tseu, ni le Tao, je suis passé par une étape de lâcher-prise total, je m'abandonnais à la mort. J'étais à bout d'une insomnie de plusieurs mois, et j'étais obligé de lâcher toute pensée qui me demandait à chaque fois un effort surhumain. Et ce lavage forcé des pensées me mettait dans d'excellentes et vertueuses prédispositions. C'est en cela que repose l'un des mystères du Tao. Fondamentalement, nous sommes bons, seuls les tracas de l'ego peuvent nous conduire à mal agir.  

vendredi 11 mai 2018

Toutes les formes de désir


Avec Lao Tseu, on parle souvent de désirs en cherchant à les éviter. Mais quelles sont les formes que peut prendre le désir ? 
Les désirs
Bien sûr il y a tout d'abord les objets qui tendent couramment vers le désir comme la faim, le désir sexuel, l'avidité, l'avarice. Ces désirs à l'état brut accaparent le mental et le font tourner en boucle tant que le désir n'est pas assouvi. On conçoit qu'il soit dés lors impossible vénérer l'instant présent, l'ici et maintenant, seul lieu où l'on peut côtoyer le Tao. 
Les rêves
Les rêves éveillés sont une forme poétique de désirs. On rêve de lieux paradisiaques, d'une belle femme, de mets raffinés, d'une voiture de sport etc... La encore, il y a un décalage tel entre l'objet rêvé et la réalité que l'on se coupe de la réalité de la vie, et l'on passe à côté des choses simples.
Les cauchemars
On peut vivre une vie terriblement cauchemardesque, où tout va mal. Le réflexe est alors de refuser la vie que l'on mène. On espère que tout cela cesse, tel est notre désir. On se tend
alors contre le destin et l'on passe à côté de l'acceptation. Car si l'on se contente de peu, on est capable de tout surmonter.
L'espoir
Voilà une autre forme de désir qui jouit d'une très bonne presse. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir dit le dicton. Pourtant l'espoir est bien une forme de désir qui peut par là même écarter du bonheur. En temps de guerre, par exemple on a espoir en un cessé-le-feu. L'espoir est une forme douce de désir, aussi il n'empêche pas de vivre l'instant, mais attention à ce qu'il ne vire pas au rêve voir au désir.
Les buts
Dans la vie, tout le monde se fixe des objectifs et sait très bien pourquoi il agit. Pourtant, comme Lao Tseu, le Taoïste "agit" sans but, c'est le Non Agir. Pourquoi devrait-on se fixer des buts ? C'est le
meilleur moyen de risquer de ne pas les atteindre et ainsi d'être malheureux.
Les aspirations égotiques
Etre centré sur soi-même, vouloir se faire plaisir, au détriment des autres est ce que propose l'ego. C'est un très mauvais conseiller, car il vous coupe des autres, de la vie. Suivre son ego, succomber à ses désirs c'est vivre pour soi-même, et la vie devient terne. On s'isole dans sa tour d'ivoire, on est séparé de tout. C'est l'inverse de la non-dualité que propose le Tao, car le suivre, c'est se relier à la nature, c'est se relier aux autres.
La volonté, les principes
Avoir de la volonté, c'est se tenir à certaines choses comme à des principes. Pour le Taoïste, suivre le Tao est le seul principe qui vaille, car, comme nous le rappelle la fable du chêne et du roseau, la
souplesse l'emporte sur la raideur, et le Tao est infiniment souple, c'est lui qui met de l'huile et qui permet que les choses se produisent. A l'opposé l'homme de principes risque de s'épuiser face à autrui.
L'envie la jalousie
Lorsque le désir se focalise sur l'autre, cela donne l'envie ou la jalousie. Et l'homme ou la femme que l'on jalouse a en général un fort ego. Il ou elle s'est accaparé de grandes richesses, qu'elles soient amoureuses matérielles ou intellectuelles. Et c'est le désir d'en posséder tout autant qui nous anime. Or, on le sait, ces amours, ces richesses, cet intellect, ne nous rendra jamais heureux, c'est notre sort, ce que l'on a, le Tao qui est la clef du bonheur.  
Les regrets 
Le passé peut se transformer en désir, ce sont les regrets. On souhaiterait que cela se soit passé autrement, c'est encore du désir, un souhait. Mais le passé est inamovible, le regretter est un moyen de se rendre malheureux. On ne peut transformer les choses que dans le présent. Et on risque de le regretter alors autant suivre la vie, suivre le Tao, d'instant en instant, c'est le meilleur moyen de ne rien regretter. 


Cette liste des désirs est loin d'être exhaustive, en effet à un moment, j'en était arrivé à remarquer que toute pensée était une forme de désir. Et en effet, toute pensée vous sort de l'ici et maintenant et vous tend vers autre chose. Aussi, se réfugier dans ses pensées, c'est petit à petit s'éloigner du bonheur.

vendredi 4 mai 2018

Non-être


Le Non-Etre, voici une notion abordée par Lao-Tseu bien étrange. "Toutes choses, sous le ciel, naissent dans l'Être; l'Être naît dans le Non-Être.""Le Non-Être pénètre l'impénétrable; c'est par cela que je connais la suprême efficacité du Non-Agir."
L'être, quel qu'il soit, parmi les dix-mille êtres, et ce du vers de terre à l'homme en passant par l'oiseau, est totalement autonome, c'est à dire qu'il fait ce que bon lui semble, et c'est ainsi qu'il se forge un ego, une spécificité qui souvent va à l'encontre du Tao, à l'encontre de l'équilibre naturel. On en a un triste exemple avec le peu de cas que l'homme fait du respect écologique de la planète. Cette totale autonomie de l'être fait donc naître l'ego, et ce faisant on perd l'équilibre naturel, le Tao. Favoriser le Non-Être, c'est donc favoriser le retour vers le Tao. C'est ce qui se produit lors de la méditation.
En effet, en méditation on apprend à lâcher-prise de tout ce qui nous trotte dans la tête, à lâcher prise de l'ego. Avec de la pratique, on parvient à ne plus avoir de volonté propre, on réduit son ego jusqu'à ne plus avoir de personnalité propre, on plonge dans le Non-Etre. Et ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il reste quelque chose. Mieux, il reste le meilleur, car ce qu'il reste, c'est
le naturel : votre propre personnalité, lavée de l'ego. Ce qui se produit à ce moment là est une véritable renaissance ! Comme le dit Lao Tseu, vous êtes alors semblable au nouveau né, vivant et agissant sans but.
Quand on rentre en méditation, on se confronte à la frontière du Non-Être, on se soumet à la volonté du Tao. Et force est de constater que dans un état paisible (celui de la méditation), le Tao ne veut rien. On est donc face au Non-Être, face à un certain néant. Mais ce néant n'est pas source d'angoisse, bien au contraire ! Ce néant est la racine commune de la paix, de l'harmonie et de la sérénité. 
Ceci, j'en ai fait l'expérience au cours d'une vision que j'eu en 2004. J'ai eu alors la vision d'un Bouddha Bleu qui m'a dit: "Tu vois cette page blanche (néant) qui est derrière moi... Tu peux y revenir à chaque instant". Et de fait, l'accès au Tao peut être instantané pourvu que l'on ne soit pas encombré de pensées égotiques.
Mon sentiment sur le Non-Être est que la vie émane du vide existant entre deux pôles opposés. C'est le mystère du Yin et du Yang, il y a un moteur qui agit lors de la mise en commun de ces deux pôles.
En tant qu'être, viser le Non-Être, c'est se rapprocher de ce moteur, c'est côtoyer le Tao. Viser le Non-Être, c'est se placer dans le vide au centre de la roue de Lao-Tseu. Immobile, on rayonne dans toutes les directions. Et de là on a une vision non déformée de la réalité.

samedi 28 avril 2018

Le Tao: la voie


Le mot Tao inventé par Lao Tseu, il y a 26 siècles a pour signification la plus proche "la voie". Il ne s'agit bien évidemment pas d'un chemin carrossable ni même d'un chemin impraticable mais bien d'une voie de progression spirituelle. Dans les valeurs préconisées par Lao Tseu on retrouve bien placée l'humilité. La non dualité est aussi soulignée "considérez le beau... voici le laid!" Le Tao est aussi décrit comme insondable, mystérieux. On ne peux le décrire ni par la parole ni par l'écrit. Alors comment faire pour le cerner ? Comment faire pour progresser sur la voie ?
Lao Tseu nous donne son ressenti sur la question : Dans le monde dans lequel il vit, tout le monde semble très bien savoir où il va, lui seul ère comme le nouveau-né sans but. Il faut dire que Lao Tseu n'a aucun but, aucun dessin, il est sans désir. Et il a mis en pratique cette posture, il l'a mise a l'épreuve à l'extrême au point de ne plus avoir de volonté propre. Si aujourd'hui on peut lire le Tao Te King, c'est tout simplement parce qu'un garde barrière de la frontière ouest de la Chine du 6ème siècle avant J.C. a demandé à Lao Tseu de coucher par écrit les secrets de sa sagesse pour le laisser passer. Le Tao Te King n'est en aucun cas une volonté propre de Lao Tseu.
Pour progresser sur la voie, nous devons nous inspirer de Lao Tseu, nous devons, comme lui, être sans désir propre. Au début, nous allons identifier quelques gros désirs comme le sexe, la gourmandise ou la surconsommation, et au final, nous serons nous aussi comme le nouveau né, sans but.
Pour progresser encore, nous devons agir par non-agir. C'est à dire que nos actes doivent être humbles et que nous ne devons nullement nous en glorifier. Si l'on regarde de près, le Tao n'a nul désir aussi évolue-t-il par lâcher prise, par équilibrage des choses, Lao Tseu calque son action sur celle du Tao, il non agit, il n'agit jamais pour lui-même. Cette non-action appuyée sur le Tao est
durable. A l'inverse l'action égotique ne résiste pas au temps.
Aussi, celui qui souhaite suivre la voie, qu'est le Tao, doit réduire et réduire encore son ego. Lao Tseu nous a donné le mode d'emploi pour mettre en oeuvre cette pratique : réduire ses désirs pour parvenir au non-désir, et mesurer ses actes pour parvenir à l'altruisme du non-agir.
Ainsi, on apprend à devenir sans but, neuf comme le nouveau-né, une émanation pure de la vie sur Terre, un bras véritable prolongement du Tao. De la sorte, il y a fusion entre l'individu et la voie, le vécu est alors extraordinaire, c'est ce que les spiritualités nomment l'éveil, cela ne doit en aucun cas devenir un but.

samedi 21 avril 2018

Une vie simple


Le bonheur ne vient pas ni des richesses, ni des passions auxquelles on peut vouer sa vie. Et ce même si cela peut donner l'impression d'être "plus vivant". L'homme du Tao est heureux parce qu'il accepte une vie simple. Il s’émerveille d'un lever ou d'un coucher de soleil, d'un oiseau qui s'organise dans un buisson, un rien le captive. Et pourtant, paradoxalement, il n'est captivé par rien. Cela me rappelle cette histoire de Tchouang Tseu que je cite de mémoire :
Tchouang Tseu se promène dans la nature (son activité favorite) et il repère une mente religieuse dont l'attention est captée par une mouche posée sur une branche. De la sorte, la mente religieuse attire l'attention d'une pie qui elle même attire l'attention
d'un chat. Captivé par toutes ces observations, Tchouang Tseu ne voit pas arriver le garde chasse qui le soupçonne de braconnage ! Ainsi l'homme du Tao vit l'instant présent mais ne doit pas se laisser absorber par une quelconque passion. Telle est la leçon de ce passage du Tchouang Tseu. 
Pour le Taoïste, la vie s'écoule simplement sans qu'aucun événement ne prenne le dessus sur l'autre. L'esprit reste alerte prêt à accueillir la vie comme elle vient. Et ce, sans minimiser ni amplifier l'instant présent. Le Taoïste reste neutre. C'est sa force tranquille qui le rend paisible et l'emplie d'un bonheur simple.
L'homme du Tao ne se soucie pas de l'avenir, en effet, si aujourd'hui le Tao est à l'instant t, demain ce sera ce même Tao qui sera à l'instant t+1. Il y a donc de fortes probabilités que la vie simple qu'apprécie le taoïste soit tout aussi appréciable dans le futur. Et du reste, l'homme du Tao s'accommodera des changements, puisque c'est l'univers et donc le Tao qui l'exige. Bien sur, ce qui fait la neutralité du Taoïste, c'est le fait d'être sans désir, sans attachement. Et lorsqu'il fait quelque chose, il ne le fait pas
pour lui, mais pour la grande communauté des êtres vivants et leur environnement. On dirait aujourd'hui qu'il oeuvre pour la planète, sans en être militant. Lao Tseu dit qu'il oeuvre par le Non-Agir. Cela rend la vie simple car on n'exige rien de soi-même, les exigence viennent du Tao, qui lui-même n'exige rien. Il ne reste presque plus rien à faire, on peut alors s'adonner à la contemplation.
L'esprit du taoïste est à l'image de sa vie, son mental ne s’emballe pas, semblable à ce qu'il est lors de la méditation; paisible C'est cette paix intérieure qui le rend simple et heureux. C'est le joyaux recouvert d'un manteau grossier dont nous parle Lao Tseu.

samedi 14 avril 2018

Ne pas jouer sur les mots

En spiritualité comme en tout, un chat est un chat, il n'est pas la peine de jouer sur les mots. Par exemple l'ego, certains dise qu'il existe le vrai et le faux ego, seul le faux étant "mauvais". Or par définition, l'ego se manifeste lorsque l'individu agit pour son intérêt personnel. Bien sur, l'intérêt personnel peut rejoindre celui de la communauté, voire même de la planète et dans ce cas, le Tao n'est pas bien loin, mais la plus-part du temps l'intérêt personnel est à court terme et va à l'opposé de l'intérêt universel, c'est le travers de l'ego. Alors, lorsque l'individu agit pour le bien de tous, on pourrait peut-être parler d'ego, mais selon moi, il vaut mieux parler d'altruisme. 
Nourrir son ego est, qu'on le veuille ou non, dangereux pour son équilibre physique et psychique.Il convient de vivre avec un égo réduit au minimum, c'est à dire faire passer ses intérêts au minimum du possible. Cela ne veut pas dire vivre sans intérêt, mais se mettre totalement au service du Tao. Souvent cela veut dire se mettre au service des autres, mais pas toujours. Je me souviens d'un jour où j'ai fait valoir les intérêt des étudiants devant les intérêts d'un collègue qui voulait à tout prix informatiser des tracés de courbes très importants en électronique. Voyant qu'il allait supprimer ces tracés dans une série de Travaux Pratiques fondamentaux, je l'ai violemment stoppé dans sa démarche en frappant du poing la table et en criant (le mot n'est pas fort) : ARRÊTE ! C'était le cri du cœur, même pas le mien, c'était une voix qui s'était imposée à moi, presque irrationnelle. 
L'autre mot qui fâche parfois est celui du désir. Peut-on vivre sans désir ? Bien sûr que non ! En revanche on peut par le biais de la conscience, observer ses désirs et choisir de ne pas les suivre, c'est cela être sans désir. Il s'agit de laisser filer, de lâcher-prise de ses désirs. Cela peut aller très loin jusqu'à lâcher prise de ses pensées, tant toutes les pensées ou presque, manifestent un désir.
Cela nous amènent naturellement au mental, autre mot qui fâche. Le mental met en oeuvre des concepts basés sur le passé pour prédire un avenir plus ou moins proche, ou il pioche dans la mémoire du passé pour raconter une histoire. En agissant de la sorte, il nous éloigne de l'instant présent, et il est beaucoup moins riche que l'ici et maintenant. "Celui qui parle ne sait pas, celui qui sait ne parle pas" dit Lao Tseu. Ainsi traite-t-il le mental bavard. Et de fait, on vit beaucoup mieux en lâchant prise du mental, tout comme on le fait en méditation.
Enfin, le Non-Agir qui prône l'action désintéressée ne bannit pas toute action mais seulement celles, nombreuses, qui vont à l'encontre du Tao, à l'encontre des intérêts universels. Etre sans-agir, c'est aller dans le sens de la vie, suivre le courant subtil du Tao sans jamais aller contre, ni tirer la couverture à soi.  

samedi 7 avril 2018

Le Tao : l'acteur final


Qu'on le veuille ou non, les choses se passent selon la loi du retour à l'équilibre. Cette loi, un vieille homme chinois l'a mise à jour et lui a donné un nom : le Tao. Lao Tseu en a décrit les principales caractéristiques : non-agir; le Tao ne fait rien de façon spontanée, non-désir; le Tao n'as aucune volonté autre que de revenir à l'équilibre. Ainsi lorsque par un acte nous modifions l'équilibre de notre monde, nous nous exposons au retour du Tao, et, si nous n'y prenons pas garde, cela peut être éprouvant, voir dangereux. De même, être épris de désir nous tend vers un état qui est autre que celui de notre monde, nous voudrions le modifier, mais cela est difficile voir impossible tant le Tao est sans agir.
Désirer nous rend donc malheureux et risque de nous opposer au Tao, dont la force est invincible.
Car c'est le Tao qui a le dernier mot. Bien sûr, je peut tenter d'aller contre le Tao. Une fourchette est tombée par terre, je peux la ramasser, même si cela me pèse. Mais si c'est une vieille dame qui tombe, je l'aiderai à se relever et nous y parviendrons si nos efforts sont conjoints, elle me remerciera et nous serons heureux tous les deux, le Tao y sera gagnant. Même dans le cas de la fourchette, sa position d’équilibre était sur la table, aussi le fait de la ramasser vas dans le sens du Tao. Et c'est le ressenti par rapport à cette notion d'équilibre qui caractérise le Tao, qui nous rend heureux et satisfait de nos actes. Un acte est
accomplis lorsque l'équilibre est retrouvé aller dans ce sens, c'est non-agir avec le Tao, aller à l'encontre, c'est s'attirer les foudres.
Or qu'est-ce donc que l'ego si ce n'est l'acteur par excellence Et cet ego se fiche pas mal du Tao et du retour à l'équilibre. "America first" dit Donald Trump, et pour cela il développe les armes, les gaz de schistes et déclenche des conflits en fonction des intérêts de l'Amérique. L'Ego va dans tous les sens ainsi parfois il rejoint le Tao, mais souvent, il va à son encontre. L'ego, c'est un éléphant dans un magasin de porcelaine. L'éveillé est, au contraire,  le marchand qui se meut et place
avec patience les objets de porcelaine pour parvenir à une certaine harmonie. Mais au final, c'est le Tao qui a le dernier mot : dans le cas de l'objet en porcelaine, si ce dernier choit, l'équilibre est respecté lorsqu'il est en mille morceaux. Et il faudra toute la patience et l'amour du collectionneur pour recoller les morceaux. Mais ce dernier ne sera pas à l'abri d'une nouvelle chute et se met donc en "danger"
C'est pourquoi le sage ne tente rien de scabreux, il ne fait qu'aller dans le sens du Tao. Il n'y a qu'un cas où le sage exécute des actes contraire au Tao, c'est quand il se trouve au sein d'une communauté.. Par exemple, si une corvée est à faire, il préférera la faire plutôt que d'en confier le soin à une personne qui rechigne à la tâche. Ainsi, il le fera dans la joie et la bonne humeur, sans fatiguer le Tao.
Mais pour le reste, le sage n'agit pas, tant il a conscience de l'effet boule de neige que pourrait avoir ses actes. Manger du pain, c'est profiter du travail du boulanger qui utilise la farine sortie du moulin à partir des grains de blé moissonné par un agriculteur qui utilise un tracteur... Ce simple acte de manger déclenche une cascade d'efforts que seul la faim autorise.  
Si le sage mange, c'est qu'il a faim, s'il dort, c'est qu'il a sommeil, s'il marche c'est qu'il doit se dégourdir les jambes. Ce qu'il fait, il le pratique avec économie, parce qu'il a conscience de l'effort que cela demande au Tao. Et le sage se sait être l'un des bras de l'immense être vivant qu'est le Tao, il se met donc à son service, plutôt que de lui tenir tête comme le font les ego insensés.
Mais, me direz-vous, comment savoir si un acte vas dans le sens du Tao ou pas ? En effet les choses étant très intriquées, il est difficile de s'y retrouver. Aussi, il ne faut pas oublier que nous sommes le Tao en mouvement. Nous pouvons donc être notre propre guide. Comment ? En suivant notre instinct, tout simplement. Mais attention, pour trouver son instinct, il faut au préalable s'être lavé des pensées égotiques.

vendredi 30 mars 2018

Les exagérations du mental

Le terrain de jeu du mental n'est pas l'instant présent. Face à l'ici et maintenant, il ne peut rien dire. Car face au présent, il n'y a rien à redire, tout est là en évidence. Le moment présent peut juste être décrit, savouré, parfois subi, mais combien de fois apprécié. Les gens qui se plaignent de leur vie passent souvent à côté de l'instant présent, ils vivent de regrets ou d'espoirs et ne sont pas dans l'acceptation du présent. Ils s'estiment malheureux et pensent que la vie ne leur apporte pas le fruit de leur désir. Et leur désir est toujours plus beau, toujours plus grand que ce que la vie leur apporte. Car le mental, qui est l'outil du désir, fonctionne sur le passé, ou fantasme l'avenir. Il ne se base que très peu sur l'ici et maintenant, de sorte que la caricature, le forcement du trait, l'exagération sont la règle.

Je vous demande ici de faire l'expérience suivante. Avant votre prochain départ en vacances, alors que vous êtes dans les préparatifs complètement tendus vers ces vacances, fermez les yeux, allongez-vous si c'est possible, et visualisez vos prochains jours à la montagne. Des pensées du type "ai-je bien pris les chaînes ?" ne tarderont pas à venir. Vous les repoussez car oui, c'est sûr, elles sont dans le coffre, mais votre mental n'en a pas fini, vous visualisez la mésaventure de l'an dernier où les chaînes mal tendues avaient glissé autour de la roue sectionnant un flexible de frein. Vous vous dites, mais non il ne m'arrivera rien de tel ! Mais le mental enchaîne vous remémorant le froid sur les doigts nus dans la neige, la neige qui tombe à gros flocons se glissant jusque dans le cou etc... De fil en aiguille le mental vous emmènera loin dans vos vacances, mais sans en montrer le bon côté.
Souvent, la conscience est nécessaire pour sortir de ce qui vire au cauchemars. Car, fort de votre expérience de la réalité, vous dites stop ! Et vous repartez sur une vision plus agréable : en train de réaliser des courbes parfaites à ski. Ici, c'est votre désir de skier qui vous guide, mais très vite le mental est son côté catastrophiste reprend le dessus, les bosses se font plus grosses, elles deviennent verglacées et votre style de ski se dégrade jusqu'à la chute. Et le mental continue, vous voilà à l'hôpital avec une jambe enturbannée de blanc. Embarqué dans l'histoire, vous tentez d'y mettre fin en vous levant, où au contraire vous succombez au sommeil.
Toujours est-il que j'ai pu constater au combien le mental sait imaginer le pire. Bien sûr, il sait aussi imaginer le meilleur. Mais, il semble que ce soit un peu plus compliqué. Essayez ainsi de fermer les yeux et de visualiser le visage de l'être aimé. C'est très difficile. D'une manière général, conceptualiser son désir demande de gros efforts, et c'est peut-être ce qui complique la vie de l'ego.
Ces exagérations du mental nous poussent à essayer de le contredire et un combat inconscient en résulte qui risque de nous épuiser. Le moyen de sortir de cette épreuve souvent inconsciente, c'est justement de la rendre consciente en se disant "attention, là encore c'est le mental qui m'entraine !"
Et le mental est si fort dans l'exagération de par sa non emprise sur le présent. Il peut très facilement raconter une histoire. Et comme il cherche à exister, il cherche à vous impressionner en forçant le trait. De la sorte, il parvient à exister. Le ramener à sa juste dimension par la conscience est une clé de l'éveil.

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