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vendredi 14 avril 2017

Le Tao, un sujet tabou


Quel bonheur de vivre le Tao au quotidien ! Apprécier les choses simples, vivre en harmonie avec la nature, se contenter de peu, ne rien attendre, communier avec l'Univers... Oui, le Tao c'est tout cela, que du bonheur simple ! Rien de révolutionnaire... Et pourtant ! Si l'on en parle à autrui sans avoir tâté le terrain, on observe une fermeture de l'autre, et de l'agressivité si l'on insiste. Il faut dire que l'on parle alors de la racine même de la vérité: le Tao, et ne dit-on pas "il n'y a rien que la vérité qui blesse " ? De plus, dès que l'on touche aux croyances, on s'adresse à la partie la plus intime des individus et la pudeur fait très rapidement surface. 
Mais alors comment partager ces choses simple avec l'autre ? Sans dire un mot peut-être, par le ressenti sans doute. Est-ce cela, devenir Bodhisattva ? Car au fond, dans le Bouddhisme on considère qu'aider l'autre dans sa réalisation est une noble tâche. Il fut même dit à Bouddha que même s'il ne sauvait qu'une âme sur mille, ses efforts ne seraient pas vains. Alors, comment communiquer sans faire du rentre dedans ? Je n'ai pas la réponse à cette question, c'est tout un art ! Le maître agit sur son disciple par des pratiques qui semblent souvent bien étranges. Et ce n'est
qu'après coup, souvent bien longtemps après que l'élève comprend les propos du maître ! L'enseignement se fait au détriment du disciple, et encore, le disciple est déjà converti ! Que faire face au profane ? Procéder par petite touche, lui faire prendre conscience de l'inutilité de ses désirs, lui faire prendre conscience du moment opportun pour agir, lui faire découvrir le Tao. 
Mais tout cela est fort délicat, même avec un ami. Peut-être vaut-il mieux rester un Ahrat (personnage réalisé qui vit sa réalisation pour lui-même), mais quel dommage de ne pas partager le plus beau des trésors. Lao Tseu lui-même a bien failli partir en Ahrat, et ce n'est que grâce à la perspicacité d'un garde barrière qui lui demanda de témoigner de sa sagesse par un écrit qui deviendra le Tao Te King que l'on sait aujourd'hui ce qu'était la voie spirituelle du vieux sage. Sans doute que le garde barrière était l'une de ces rares personnes intéressées par la spiritualité. 
Car au fond c'est bien là la première condition pour que
le courant passe : l'autre est-il intéressé par la spiritualité ? Mais cela ne suffit pas, car encore faut-il qu'il ne soit pas enfermé par la pratique de cette spiritualité, car il risque de rejeter tout autre ouverture. Il s'agit bien sûr, soi-même de rester ouvert à cette autre forme de spiritualité qui au final doit rejoindre la voie du Tao. 
J'ai un collègue et ami qui est Témoin de Jéhovah, nous partageons souvent nos vues sur la spiritualité, mais sa rigidité sur certains fondements de la Bible, comme les interdits du sang, ou la virginité de Marie, et tout ce genre de choses, l'empêchent me semble-t-il de progresser spirituellement; il est trop fier de Sa Bible. J'essaye d'être plus amène avec le Tao et cite souvent d'autres grandes voies comme le Bouddhisme, le Tantrisme,  l'Hindouisme ... Et j'en viens au fait ultime : "Pourquoi la Bible ne te conduit-elle pas à plus de réalisation ?" Et là, pas de réponse... Alors que pour moi, ce serait le début d'un échange plus profond. Dommage... 
C'est très difficile de rencontrer un être réalisé. J'ai un autre ami qui vit dans les montagnes environnantes de Montpellier, qui lui, est parvenu à la réalisation depuis bien plus longtemps que moi, c'est un homme d'une très grande profondeur, et d'une infinie générosité, c'est un bonheur que d'échanger avec lui, mais comme c'est rare ! Je ne sais si j'ai atteint une grande réalisation, mais il me semble que la voie du Tao est comparable à un cercle vertueux, qui vous conduit justement vers la Vertu au sens de Lao Tseu, c'est à dire une façon d'être plus naturelle dénuée de rigidité, adaptée à l'instant présent.
Sans doute faudrait-il que j'aille vers des endroits comme les Satsangs ou vers des temples, mais ce qui me motiverai bien plus serait de partager le Tao avec mes proches, ma femme, mes parents ou mes enfants... Mais ceux-ci sont peu ouverts spirituellement, je dois donc vivre le Tao silencieusement. Et peut-être qu'un jour, mes efforts ne seront pas vains, peut-être qu'un jour l'un d'eux s'éveillera, mais pour l'heure cela reste tabou. Pour
s'éveiller, quand on est confortablement installé dans son petit personnage égotique, il faut, je pense, faire l'expérience de la souffrance, il faut être confronté aux difficultés de l'ego, il faut que ces difficultés deviennent insurmontables, pour que le lâcher prise devienne inévitable. Lorsque ce point est atteint, le retour au Tao peut commencer. Mais un individu peut continuer à vivre avec sa souffrance ordinaire sans jamais remettre son ego en cause... Et tant que c'est l'ego qui gouverne, le Tao (et toute autre spiritualité) reste tabou.
Aussi faut-il traiter du désir de partager le Tao comme de tout autre désir : lâcher prise. Et là sans doute mon non-désir sera exaucé par les riches expériences que le quotidien n'a de cesse de nous apporter.

4 commentaires:

  1. Merci Bernadette pour ton commentaire qui n'apparaît pas ici, et je ne sait pourquoi ?
    Ainsi le Tao m'apporte ce début de partage avec toi ! Malheureusement, je suis sur Montpellier, ce qui est un peu éloigné de Tours... Mais l'on peut continuer à partager sur ce blog. Tao et Non Dualité vont de paire... Alors à bientôt Bernadette !

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  2. Ta seule responsabilité n'est-elle pas de pratiquer le Tao ?

    Le Tao que l'on peut nommer n'est pas le Tao.
    ;)


    En pratiquant toi-même, les gens qui sont prêts à le pratiquer aussi croiseront ta route et t'observeront.
    Ta pratique fera résonner quelque chose en eux et ils seront inspirés à en faire autant.

    Je crois que celui qui vit sa réalisation, même s'il s'isole, il ne la vit jamais que pour lui même.
    Je crois que même à un niveau subtil, sa contribution est anonyme, mais indéniable.

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    1. Merci Caro pour ces paroles pleines de sagesse. Tu as entièrement raison, suivre le Tao n'offre à priori pas de choix, en ce sens que l'on vibre à l'unisson.

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    2. Oui.
      Et vibrer à l'unisson, c'est aussi, parfois, avoir envie de partager le Tao, en paroles et à l'écrit.

      Alors merci à toi de le faire de si belle façon.

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