Nous sommes quelques-uns à rechercher l'Eveil, mais par quel bout prendre l'Eveil ? Par où commencer ? Devons nous suivre le Tao ? Devons-nous surveiller nos actes ? Devons nous entrer dans une méditation profonde ? Entrer en contemplation ? Ou est-il préférable de vivre l'instant présent ? Devons-nous ne rien désirer, ne pas agir ?
Quelle voie suivre pour l'illumination?
En vérité, rien de tout cela et un peu de tout à la fois. N'oublions pas que nous sommes uniques, et que c'est notre être qui s'éveille. La recette nous appartient, nous sommes le maître d'oeuvre, aussi nous devons écouter notre intériorité, notre Maître intérieur.
Le Maître et son élève.
Mais cette écoute n'est pas évidente à initier, c'est pourquoi le Maître aura un temps son utilité, lui saura déjouer les tours de notre ego, et nous ramener à l'humilité nécessaire. Il nous abreuvera de Yin lorsque nous serons trop Yang et nous réchauffera de Yang lorsque nous serons trop Yin. Et le tableau que constitue notre être n'est jamais le même, aussi est-il vain de vouloir dire l'Eveil c'est comme-ci, ou l'Eveil c'est comme-ça, car tout dépend de l'être...
Cependant, des voies existent. Ce sont des méthodes de purification de l'ego. Le Soufisme, par exemple et sa célèbre danse des Derviches qui permet de se centrer sur le repère immobile qui est en nous, le Bouddhisme et sa voie du milieu, le Taoïsme, son Non Désir et son Non Agir, le Christ en soi...
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces voies sont vertueuses, ce qui veut dire que si vous les suivez, vous êtes surs d'arriver à destination. Mais quelle est la destination de ces voies sans chemins ? La destination de ces voies n'est autre que l'Etre Véritable que nous sommes-tous. La seule chose dont nous devons nous départir est notre ego, et chacune de ces voies nous aide dans cette tâche. Libre à nous de choisir celle qui nous ressemble.
A moins que vous ne soyez capable de vous départir de votre ego d'un seul coup. Stephen Jourdain y est parvenu à l'âge de 16 ans, mais c'est un exploit !
L'état d'éveil ne s’installe pas d'une façon continue et régulière, mais passe par des caps, des étapes.
A chaque étape, il semble qu'il y ait un déclic, quelque chose qui fait qu'on se sent plus léger, plus proche de l'absolu. Souvent cela correspond de façon consciente ou inconsciente à une peau de notre ego que nous laissons tomber. Dès lors, il arrive qu'une vague émotionnelle nous submerge. Ce sont les instants de grâce.
Les cellules de notre corps semblent s'unir à la joie intérieure pour l'amplifier en de multiples vagues qui submergent nos sens. L'expression "rendre Grâce à Dieu" devient alors une évidence, tellement nous sommes reconnaissants de vivre de tels moments. Le taoïste, ne se retourne pas vers Dieu, mais vers le Tao, et surtout le vide qui autorise de tels états.
Et puis, peu à peu, sans que l'on comprenne bien pourquoi, les états de grâce repartent un peu comme ils sont venus, sans crier gare. Il faut alors de nouveau s'attaquer à ce rocher que constitue l'égo et en trouver un nouveau pan à vaincre.
"Tiens toi en silence et ta parole sera Sa parole."
Cette phrase est du mystique Persan Musulman et Soufi Rûmi (13ème siècle).
Le Saint Homme se tiens en silence attendant que la parole spontanée vienne à ses lèvres. Lorsque le Tao impose une parole, alors le Saint Homme sors de sa réserve et laisse le flot énergétique du Tao s'écouler.
Rûmi parle de Sa parole avec un S majuscule en pensant à Allah, mais d'un point de vue Taoïste, la présence d'Allah n'est que le reflet du Monde à travers le principe Universel, le Tao. Pour le Saint Homme, des paroles spontanées sont générée par le Tao. Ces paroles sont bonnes car elles émanent du pouvoir régénérateur du vide et de la vacuité. Ces paroles peuvent donc donner l'impression d'être divines. En réalité elles proviennent du principe du vide sur la matière, de son rôle équilibrant dans nos neurones.
Les paroles naissent d'abord en pensées auxquelles le Saint Homme sans désir ne s'attache pas, il demeure en silence. Mais lorsque ces pensées traduisent manifestement une possibilité d'apaiser l'entourage, alors les pensées intuitives se traduisent naturellement et spontanément en une parole salvatrice.
Dans l'ancien testament, Dieu se présente à Moïse comme étant Je Suis (Jahvé), celui qui est, a été et sera. Ainsi Dieu se présente comme la réalité de l'instant présent. Pour les Bouddhistes l'instant présent est également central.
Pour Lao Tseu l'instant présent découle du Tao lui-même qui est le principe de toute vie, de tout mouvement et dans lequel l'homme du Non Agir et du Non Désir vient s'inscrire tout naturellement. Sans Agir, il laisse le présent être sans influer, Sans Désir, il s'immerge dans l'instant présent sans espérer quoi que ce soit d'autre.
Par cette déclaration faite à Moïse, le Dieu des Juifs est immanent, comme le Tao. Il est curieux que cette notion d'immanence ne soit pas plus reprise par les religions judéo-chrétiennes qui leur préfèrent un Dieu à forme humaine transcendant présent dans le ciel.
Tout le monde n'a pas la même approche et la même définition pour ces termes qui relatent les activités du cerveau humain. Voilà ce que je mets dans ces mots :
Vide : le vide physique dans lequel on baigne et qui rééquilibre nos cellules et nos neurones. Il est à la base de l'intuition, des rêves et de l'instinct.
Vacuité : vide de la pensée construite.
Pensée : Il y a deux types de pensées; les pensées construites comme l'imagination, et les pensées intuitives en provenance du cerveau reptilien qui traduisent en général un déséquilibre dans le corps ou l'environnement. L'énergie qui circule dans le vide est le vecteur de ces pensées.
Mental : Ensemble des pensées construites et de la mémoire.
Esprit : Activité innée du cerveau ; il s'agit donc essentiellement de l'instinct et de l'intuition, c'est le moteur de l'homme du Tao. Lao Tseu parle de l'Esprit des 10 000 êtres.
Conscience : ce qui fait que notre présence est évidente, le trésor de la vie.
Coeur : Le coeur est sous l'influence du système nerveux parasympathique et donc du cerveau reptilien. Les émotions qui nous submergent nous renseignent sur l'état de notre être que ce soit en bonheur (équilibre) ou en malheur (déséquilibre).
Âme : ce qui siège dans la conscience. Pour moi, le vide est très proche de l'âme.