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samedi 6 décembre 2014

Les deux barques (version Zen)


Vous vous souvenez peut-être de l'histoire des deux barques de Tchouang Tseu :

"Imaginez une double barque traversant un fleuve. Qu'une autre barque vide qui dérive vienne à la heurter, les mariniers fussent-ils des hommes d'esprit mesquin, ne se fâcheront pas. Mais s'il y a un homme dans la barque, ils crieront pour qu'il la gare. S'il ne les entend pas, il crieront une deuxième fois; s'il ne les entend toujours pas, ils le poursuivront d'injures. En résumé, la barque n'excite pas la colère si elle est vide; elle ne la provoque que lorsqu'elle est occupée. Ainsi qui pourra faire du mal à celui qui aura su se vider de son moi?"

Voici la version Zen de cette histoire :




La barque et les deux moines :

Un soir d'automne, le brouillard épais masque presque entièrement la rivière Saïtama. Un moine et un jeune novice s'apprêtent à la traverser sur une barque légère. Les flots sont jaunes et tumultueux, un vent violent s'est levé :
"Maître, je sais bien que l'on nous attend au monastère de Rishiko, mais ne serait-il pas prudent de remettre notre visite à demain? Nous pourrions manger une boulette de riz, et dormir dans la hutte de branchages que j'aperçois là-bas.
-..."
Son maître gardant silence, Kasuku se résigne à embarquer, et commence à ramer. On ne voit de l'autre rive qu'une ligne sombre perdue dans le brouillard.
"Maître, la rivière est large et le vent qui souffle par le travers nous empêche d'avancer à notre gré.
-..."
Une dizaine de minutes s'écoulent, qui semblent une heure à Kasuku. Il rame en silence, le cœur inquiet. 
Soudain, lâchant les rames, il se dresse, le bras levé :
"Maître, Maître ! Regardez cette barque qui émerge du brouillard, elle vient droit sur nous !
-...
- Maître, elle va nous heurter, nous éventrer, nous allons chavirer. Ohé, du pilote ! Oh, oh, du pilote ! Si je tenais celui qui gouverne cette embarcation, je lui assénerais un bon coup de bâton qui lui ôterait l'envie de mettre en danger de saints hommes comme nous.;;
-...
- Maître, voyez la barque approche, elle va nous éperonner de sa proue effilée. J'aperçois maintenant le pilote, ce timonier assassin dort paisiblement !
-...
- Maître, la barque est tout près ! Par brahma ! Que ce pilote criminel soit maudit, que le cycle des renaissances s'étende sur un million d'années, qu'il soit chacal, hyène, rat, punaise..."
A l'instant du choc, un remous opportun, ou une manœuvre habile du maître, écarte le danger, et les deux barques indemnes poursuivent leur chemin.
"Tu as observé l'intérieur de la barque, Kasuku ? demande le moine zen.
- Oui, Maître. La forme que je prenais pour un homme était un sac de grains.
- Dis-moi, Kasuku, contre qui t'es-tu emporté ?"


Extrait de :"Les plus beaux contes zen" de Henri Brunel chez calmann-lévy. 

dimanche 30 novembre 2014

Merci



Oui, un grand merci à l'inconnu(e) qui m'a offert ce livre (aux éditions Almora).

J'espère qu'il (elle) se reconnaîtra.

Ce livre est d'une pertinence rare : la pertinence de l'impertinence.

Merci donc pour ce présent.  Oliver 

samedi 29 novembre 2014

Le but ultime


Le Tao est une voie qui par la Vertu mène à l'éveil.
Le but ultime de l'éveil est la fusion avec le Tao.
L'être se trouve uni avec le tout, l'un.
Le disciple et l'univers ne font plus qu'un.
Ne faisant plus qu'un, il n'y a plus d'acte égotique.
Ne faisant plus qu'un, il n'y a plus de désir personnel.
Il ne reste que l'action du principe, du Tao qui agit nécessairement avec Vertu.

L'esprit du disciple est alors fixe.
Il est attentif aux mouvements du Tao.
Indifférent, il suit ses mouvements.
Le disciple s'est affranchi de tout attachement.
Il est donc libre, libéré, le Tao est une voie qui libère.
Le disciple parvient à l'immortalité
car son esprit a fusionné avec le principe.
L'esprit ne s'évade plus vers le passé ou le futur.
L'esprit reste vigilent au présent.
Instinctif, intuitif, il construit une vie simple mais pleine.


Le vide est plénitude.
Le rien, le non être devient tout.
L'instant devient grâce.
L'esprit est en paix. Libre de toute émotion.
Le bonheur est atteint.
Avec lui, l'envie de partager du Bodhisattva.



samedi 22 novembre 2014

Sagesse Orientale : en France opus 11



Tout ce que nous pensons et toutes les manières dont nous pensons ont leur origine en Asie. Il est donc intéressant de savoir ce que l'Asie pense encore et comment elle le fait [...].
[Les asiatiques] ont peur de manquer Dieu ou même que Dieu les manque. [...]

Gobineau XIXème siècle



Il est des vérités qu'il est nécessaire de dire et de redire avec insistance, si déplaisantes qu'elles soient pour beaucoup de gens : toutes les supériorités dont se targuent les Occidentaux sont purement imaginaires, à l'exception de la seule supériorité matérielle...
[...]
Le mot "ascèse" désigne proprement un effort méthodique pour atteindre un certain but, et plus particulièrement un but d'ordre spirituel, tandis que le mysticisme, en raison de son caractère passif, implique plutôt,[...] l'absence de toute méthode définie. Le détachement vis-à-vis de l'action, dont nous parlions à propos du "non-agir", est avant tout parfaite indifférence en ce qui concerne les résultats qu'on peut en obtenir, puisque ces résultats, quels qu'ils soient, n'affectent plus réellement l'être qui est parvenu au centre de la "roue cosmique".
[...]
Par contre, les Orientaux ont une tendance très marquée à se désintéresser des applications, et cela se comprend aisément, car quiconque s'attache essentiellement à la connaissance des principes universels ne peut prendre qu'un médiocre intérêt aux sciences spéciales, et peut tout au plus leur accorder une curiosité passagère, insuffisante en tout cas pour provoquer de nombreuses découvertes dans cet ordre d'idées.
[...]
Le bouddhisme n'est pas plus "athée" qu'il n'est "théiste" ou "panthéiste" ; ce qu'il faut dire simplement, c'est qu'il ne se place pas au point de vue par rapport auquel ces divers termes ont un sens ; mais, s'il ne s'y place pas, c'est précisément qu'il n'est point une religion.

Guénon XXème siècle



[Les ermites] passent la plus grande partie de leur temps à prier dans leur kutiar ; la prière n'est cependant pas toujours religieuse dans le sens chrétien du terme, mais plutôt un exercice spirituel de purification intérieure.
[...]
Un jour, j'ai tenté un swami en lui demandant s'il était nécessaire de s'initier à l'hindouisme pour connaître Dieu. Cette question l'a vivement étonné et il m'a répondu qu'aucune conversion n'était nécessaire, que si j'amais l'hindouisme je pouvais en accepter les idéaux, voilà tout. Il a néanmoins ajouté que si mon amour de l'hindouisme était sincère, cela prouvait une seule chose, à savoir que j'étais Indien dans ma précédente existence...
Ils disent "nous sommes tous Un" et, ce qui est important, ils ne cessent de mettre en pratique cette affirmation. Ils s'entraident, se dépersonnalisent devant leurs amis et pratiquent le seva (service).
[...]
Le yoga aussi bien que la samkhya professent le dualisme : d'une part la matière, et, de l'autre, l'esprit. Cependant, ce n'est pas le dualisme qui m'intéressait, c'est le fait que, dans la samkhya et le yoga, l'homme, l'univers et la vie ne sont pas illusoires. La vie est réelle, le monde est réel. Et l'on peut conquérir le monde, on peut maîtriser la vie. Qui plus est, dans le tantrisme par exemple, la vie humaine peut être transfigurée par des rituels, effectués à la suite d'une longue préparation yogique. Il s'agit d'une transmutation de l'activité physiologique, par exemple de l'activité sexuelle. Dans l'union rituelle, l'amour n'est plus un acte érotique ou un acte simplement sexuel, c'est une sorte de sacrement; exactement comme boire du vin, dans l'expérience tantrique, ce n'est pas boire une boisson alcoolisée, mais partager un sacrement...
[...]
Eh bien, en Inde, il m'est arrivé de vivre dans un village du Bengale, et j'ai vu des femmes et des jeunes filles qui touchaient et décoraient un lingam, un symbole phallique, plus exactement, un phallus de pierre anatomiquement très exact ; et, bien entendu, les femmes mariées, au moins, ne pouvaient ignorer sa nature, sa fonction physiologique. J'ai donc compris la possibilité de "voir" le symbole dans le lingam. Le lingam, c'était le mystère de la vie, de la créativité, de la fertilité qui se manifeste à tous les niveaux cosmiques.
[...]
Cette union sexuelle (maithuna) n'est plus dès lors un acte biologique instinctif, mais un rituel par lequel le couple humain devient un couple divin.

Eliade XXème siècle


Nous avons dit que la non-violence est chose simple. Nous n'avons pas dit qu'elle est facile. Il est déjà beau de savoir et de faire admettre qu'elle est possible. Même si elle coûte de la fatigue, de la peine et surtout de la pensée, elle coûte moins que la violence. Et il ne s'ensuit pas de défaite, d'humiliation et de revanche. C'est la sagesse, et la sagesse est une immense épargne de souffrances et de crimes.
[...]
Pour son bien et pour le bien de tous, [le citoyen] doit donc apprendre aussi la "désobéissance civile".
[...]
Quel est l'avenir de la non-violence en Occident ? La question pourrait aussi bien se poser en ces termes : l'Occident a-t-il un avenir ? Car il est évident que les rivalités nationales et sociales d'une part, l'excroissance de la science et de la technique de l'autre mènent, comme deux rails, tout droit à l'abîme.
La bonne nouvelle, la seule chose éternellement nouvelle, c'est qu'un autre chemin est ouvert.
[...]
Toute connaissance d'autre chose commance par la connaissance de soi et ne va jamais plus profond que cette connaissance.
[...]
La connaissance de soi est une discipline spirituelle, une tradition millénaire aux méthodes universelles et immuables.
Moi je... Presque toutes nos phrases commencent ainsi. Et nous croyons bien savoir de quoi nous parlons. Mais si quelqu'un nous demandait : "Moi ?  Qu'est cela ?" il nous arriverait peut-être de nous apercevoir que nous ne savons pas répondre. Donnez-moi une définition du mot "moi". Cherchez la dans le dictionnaire ou plutôt ne cherchez pas car il n'y en a point. Surtout ne me dites pas que c'est "la première personne du singulier" car cette personne là n'est pas assez première ni assez singulière pour être moi!
[...]
Il y a trois choses qui n'ont pas de définition : moi, l'être et l'odeur des lilas. Serait-ce pour la même raison ?
[...]
Une discipline demande un maître. Il faut suivre un maître vivant ou au moins des règles traditionneles interprétées avec prudence.

"Je pense donc je suis", dit un philosophe qui croit énoncer une évidence. Hum ! Je ? Qui pense, qui mène la pensée ? Si c'est alle qui m'entraîne où il lui plaît, je suis le jouet de ma pensée, je n'en suis pas l'auteur. Je ne peux pas dire "je pense" mais seulement "il pense" comme on dit "il pleut";
Mais toute action commence par la pensée, aucun de mes actes ne m'appartient et toute ma vie est livrée au hasard.

Lanza del Vasto  XXème siècle

Tous ces textes sont issus du livre : "Les plus grands textes de la philosophie Orientale" de Denis Huisman et Marie-Agnès Malfray chez Albin Michel


vendredi 14 novembre 2014

Sagesse Orientale : Le Judaïsme opus 10



Avant d'avoir créé aucune forme dans ce monde ; avant d'avoir produit aucune image, il était seul, sans forme, ne ressemblant à rien. Et qui pourrait le concevoir comme il était alors, avant la création, puisqu'il n'avait pas de forme ? Aussi est-il défendu de le représenter par quelque image et sous quelque forme que ce soit, même par son saint nom, même par une lettre ou par un point. Tel est le sens de mots : Vous n'avez vu aucune figure le jour où l’Éternel vous parla ; c'est à dire vous n'avez vu aucune chose que vous puissiez représenter sous une forme ou par une image.
[...]
Dans toute l'étendue du ciel, dont la circonférence entoure le monde, il y a des figures, des signes au moyen desquels nous pourrions découvrir le secrets et les mystères les plus profonds. Ces figures sont formées par les constellations et les étoiles, qui sont pour le sage un sujet de contemplation et une source de mystérieuses jouissances... Celui qui est obligé de se mettre en voyage dès le matin n'a qu'à se lever au point du jour et à regarder attentivement du côté de l'orient, il verra comme des lettres qui marchent dans le ciel, l'une montant, l'autre descendant. Ces formes brillantes sont celles des lettres avec lesquelles Dieu a créé le ciel et la terre ; elles forment son nom mystérieux et saint.

Le Zohar XIIIème siècle



Iahvé, notre Dieu, a conclu une alliance avec nous, à Horeb : ce n'est pas avec nos pères que Iahvé a conclu cette alliance, mais avec nous, nous qui sommes ici aujourd'hui, tous vivants.
[...]
Tu ne te prosterneras pas devant eux [d'autres dieux] et tu ne les serviras pas. Car moi, Iahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, punissant la faute des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération, pour ceux qui me haïssent, et faisant grâce jusqu'à la millième pour ceux qui m'aiment et qui observent mes commandements.
[...]
Acclamez son peuple, ô nations,
car il venge le sang de ses serviteurs
et il retourne la vengeance contre ses adversaires,
tandis qu'il purifie le sol de son peuple.
[...]

Moïse   XIVème ? VIème siècle av JC


La raison et l'intelligence exigent que l'homme se soumette à Dieu. Mais entre le moment où apparaissent les bontés dont l'homme bénéficie et celui où il est susceptible de reconnaître son devoir s'écoule un temps considérable.
Un avertissement doit éclairer l'homme dans ses œuvres et sa foi pour qu'il ne demeure pas sans religion au temps où sa raison se forme. Cet avertissement est double. L'un implanté dans l'intelligence est inné à l'homme. Le second s'acquiert par voie traditionnelle : c'est la Torah, transmise aux hommes par les prophètes pour leur montrer le chemin de la soumission, qu'ils ont le devoir de suivre.
[...]
Toutes les lois, les ordres, les peines promulgués par nos Livres prouvent avec évidence que les actes de l'homme sont libres. Ainsi la gloire du Seigneur est innocente du bien et du mal, de la droiture comme de la perversité de chacun.

Ibn Paquada   XIème siècle



[Le ptophète], disant : "Le loup demeurera avec l'agneau et le léopard se couchera avec la chèvre, etc. ; la vache et l'ours iront paître ensemble, etc. et le nourrisson jouera, etc." (Isaïe, XI, 6-8). Il en indique ensuite la cause, en disant ce qui fera cesser ces inimitiés, ces discordes, ces tyranies, c'est que les hommes posséderons alors la vraie connaissance de Dieu. Il dit donc : "Ils ne feront aucun mal, aucun ravage, sur toute la montagne sainte; car la terre sera remplie de la connaissance de Dieu, comme les eaux couvrent le fond de la mer" (ibid., v.9). Sache bien cela.
[...]
Voici donc le résumé succinct de ces différentes opinions : toutes les conditions variées dans lesquelles nous voyons les individus humains, Aristote n'y reconnaît que le pur hasard ; les Ascharites y voient l'effet de la seule volonté [divine]; les Mo'tazales, l'effet de la sagesse [divine], et nous autres [Israélites], nous y voyons l'effet de ce que l'individu a mérité selon ses oeuvres.   

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